(21/01/10)La défense du président Hissein Habré a saisi la Cour de justice de la Commission économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), « pour qu’elle se prononce sur les violations au Sénégal qui portent atteinte aux droits » de l’hôte forcé du pays. « Dans la mesure où le principe de procès juste et équitable, c’est avant tout l’expression de la prééminence du Droit », déclare Me François Serres, un des avocats français de l’ancien chef d’Etat tchadien exilé. Ce qui, à ses yeux, n’est pas garanti au Sénégal, parce que « personne ne peut dire quand s’arrêtera cette affaire ». Et d’ajouter, « quand la politique entre dans le prétoire, le droit sort par la fenêtre » . Parlant par ailleurs, du financement réclamé par le Sénégal pour le procès et paraphrasant le président de la Commission de l’Union Africaine, Jean Ping, il constate « qu’aucun pays africain n’a souhaité apporter un financement dans cette affaire », hormis le Tchad et le Sénégal. Dans cet entretien accordé en exclusivité à Sud Quotidien, il a fait en outre un tour d’horizon complet de ce qu’il est convenu d’appeler dorénavant « l’affaire Hissein Habré ».
Me, où en est « l’affaire Hissein Habré » ?
Cela fait bientôt dix ans que l’affaire a démarré et je voudrais ici souligner que malgré ces 10 années de procédure, malgré les multiples décisions de justice donnant raison au Président Hissein Habré, personne ne peut dire quand s’arrêtera cette affaire ; c’est dire qu’elle n’est pas une affaire judiciaire normale soumise aux règles de droit classique, c’est une grosse affaire politique et comme on dit « quand la politique entre dans le prétoire, le droit sort par la fenêtre » .
Donc pour revenir à votre question, après le dépôt de la plainte en 2000, la Cour de Cassation, en dernier ressort, avait rendu une décision qui a autorité de la chose jugée et c’est d’ailleurs pourquoi, comprenant que rien n’était plus possible devant la justice sénégalaise, les ONG se sont déplacées en Belgique pour y déposer une nouvelle plainte, à la suite de laquelle une demande d’extradition a été adressée au Sénégal. Cette dernière tentative s’est aussi soldée par un échec. A ce stade et sur le plan du Droit, il ne pouvait plus y avoir d’ « affaire Hissein Habré » à nouveau.
Aucune plainte ne pouvait plus être introduite donc devant les juridictions sénégalaises ?
Exactement, et c’est là qu’une autre page de l’affaire Hissein Habré est ouverte, celle d’un procès politique basé sur un rapport de forces et faisant fi de tous les principes juridiques. Et ce n’est pas à l’honneur du Sénégal, pays d’éminents juristes, d’avoir crée une monstruosité juridique qu’est cette saisine de l’Union africaine, et j’interpelle les juristes pour qu’on nous dise la base juridique qui permet qu’une affaire judiciaire qui a fait l’objet d’une décision da la plus haute juridiction sénégalaise, soit envoyée à l’UA qui est, précisons le, un organe politique et non judiciaire.
Lequel organe s’est estimé compétent…
Exactement, autre absurdité, et elles sont nombreuses, jugez-en vous-même ; premièrement, vous avez le Sénégal qui saisit l’UA pour dire, je veux un mandat pour continuer cette affaire et ce en piétinant ses propres décisions de justice ; ainsi donc le Sénégal qui est le pays d’accueil, du droit d’asile, le pays de la Téranga, se retrouve pays qui ressuscite les poursuites, pays qui vote le mandat qu’il sollicite, pays qui finance, et enfin pays qui juge…
Peut-on dire, après tout cela que le Sénégal est un pays neutre qui peut assurer un procès juste et équitable au Président Hissein Habré ? Ensuite, vous avez le Tchad, pays qui est à l’origine du dossier d’accusation, qui, avec le concours d’ONG partisanes, soutient et encadre les « plaignants ». Ce pays a, lui-même, voté le mandat, tout en étant résolument contre le Président HABRE, finance le procès et cela ne dérange personne. Et, c’est dans ce pays que les juges sénégalais doivent aller enquêter à charge et à décharge sur des faits remontant à plus de 20 ans.
Un pays dont le système judiciaire a montré outrageusement ses limites lors de l’affaire « Arche de Zoé » qui a profondément choqué l’opinion internationale ; pays dont les autorités politiques ont, de manière expéditive, condamné à mort Hissein Habré en 48 heures de pseudo procès alors que personne n’avait jamais entendu parler des poursuites judiciaires engagées contre lui au Tchad. Ce fut un signal fort envoyé à tous ceux qui, demain, seraient tentés d’apporter des témoignages en faveur de Hissein Habré. Il est clair que, depuis le Tchad, personne n’osera se déplacer à Dakar pour témoigner à décharge dans l’hypothèse de la tenue d’un procès.
Enfin, l’affaire du mandat a été possible à l’UA grâce au rôle primordial et central joué par la Libye qui, notons-le, prend en charge 70% des frais de fonctionnement de cette Organisation, de même que les cotisations de beaucoup de pays. Les déclarations des autorités libyennes ont bien révélé leur engagement dans cette affaire.
Après ce mandat dont vous contestez la légitimité, le Sénégal a entrepris des réformes législatives pour rendre possible le jugement ….
Pour bien comprendre, il faut ici souligner le bien fondé et la pertinence de la décision de la Cour d’Appel de Dakar, confirmée par la Cour de Cassation, qui avait sévèrement critiqué les actes posés par le juge d’instruction Demba Kandji, en disant : « Considérant que les règles de compétence sont d’ordre publique, qu’en inculpant Hissein HABRE de complicité de crime contre l’humanité et d’acte de torture et de barbarie le juge d’instruction a manifestement violé les règles de compétence matérielle et territoriale ; ». Les ONG qui, en la circonstance, ont affiché leur manque de respect à l’égard de la justice sénégalaise, réagirent violemment en parlant de décision politique.
Or, que s’est il passé ensuite, une fois que le Sénégal a réussi à avoir un mandat ? Il a fallu initier une démarche exceptionnelle visant à modifier le Code pénal, le Code de procédure pénale, la Cour d’assises et même la Constitution sénégalaise, tout ceci pour juger un seul homme. C’est bien la preuve que Demba Kandji n’avait pas appliqué la loi. Cependant, ces réformes législatives qui ont été entreprises sont-elles légitimes, sont-elles fondées en droit, et à tout le moins sont-elles irréprochables ?
Pourquoi avez-vous saisi la Cour de justice de la CEDEAO au détriment de la justice sénégalaise pour faire le constat des violations ?
Tout simplement parce que le Sénégal en initiant les modifications législatives savait pertinemment qu’il portait atteinte à de nombreux principes de droit et surtout aux droits du Président HABRE. C’est pourquoi il a rendu, par des astuces juridiques, impossible tout recours devant la justice sénégalaise ; il ne nous restait que le recours devant la Cour de justice de la CEDEAO. Là encore et à ce niveau, l’on peut relever l’absence de neutralité du Sénégal. Nous avons donc porté l’affaire devant la Cour de la CEDEAO pour qu’elle se prononce sur ces violations qui portent atteinte aux droits de HH, dans la mesure où le principe de procès juste et équitable c’est avant tout l’expression de la prééminence du Droit. Est-ce bien le cas dans tout ce qui venait d’être fait et dans ce qui est en train de se faire sous nos yeux ? Car, le respect du procès juste et équitable c’est aussi le respect de la sécurité des rapports juridiques autrement dit le respect de l’autorité de la chose jugée (Arrêt de la cour de cassation). C’est également la non immixtion de l’Exécutif dans le Judiciaire et le respect de l’indépendance de la Justice.
Les ONG et les tchadiens ont, eux aussi, saisi la cour de justice de la CEDEAO….
Effectivement, et elles ont inscrit leur action comme étant un soutien à l’Etat du Sénégal. D’ailleurs, contrairement à leur discours officiel, leur collaboration avec les autorités sénégalaises est pleine et entière. C’est pour moi l’occasion d’attirer l’attention sur les connexions entre les ONG et les différents acteurs du dossier, tantôt c’est l’ONG qui s’exprime, tantôt c’est l’avocat des plaignants, tantôt la même personne se rend au Tchad pour tenir des réunions avec le Premier Ministre tchadien sur le dossier, tantôt elle participe à des réunions avec le Comité de Suivi et de Communication et les autorités du ministère de la justice, tantôt avec les experts européens de l’Union européenne. Avouez que c’est vraiment grotesque.
Le 27 novembre 2009, la Cour de justice de la CEDEAO nous a donné gain de cause en rejetant la demande d’intervention des ONG ; et ce, après l’échec de la plainte de la Belgique devant la CIJ qui avait pour objet la restriction des droits du Président HH. Nous sommes pleinement réconfortés par cette décision.
Vous me disiez tout à l’heure qu’il reste la question de fond qui sera tranchée le 14 janvier 2010…
(L’entretien a eu lieu bien avant le 14 janvier ndlr). Non, pas tout à fait, car le Sénégal a soulevé deux questions préjudicielles, c’est-à-dire qu’il estime que la Cour n’est pas compétente, que notre requête est irrecevable, et il souhaite ainsi éviter le débat sur les violations. Donc la Cour devra d’abord se prononcer sur sa compétence et sur l’irrecevabilité. C’est l’objet de l’audience du 14 Janvier prochain.
Par ailleurs, les discussions sur le financement du procès entre l’UE et le Sénégal paraissent en bonne voie. Peut-on s’attendre à un déblocage rapide des crédits réclamés par le Sénégal pour organiser le procès ?
Je voudrais d’abord faire un constat celui posé par M Jean PING, « à ce jour aucun pays africain n’a souhaité apporter un financement dans cette affaire », hormis le Sénégal et le Tchad. Pour une affaire qu’on a voulu présenter comme étant engagée au nom de l’Afrique, il y a problème. Quant aux pays comme la France, la Belgique, l’UE, comment peut- on les considérer comme étant des bailleurs de fonds impartiaux ; qui ignore l’engagement de la France dans les affaires tchadiennes ! Quant à la Belgique, deuxième grand fournisseur d’armes au régime de Deby après la France, elle a initié deux procédures judiciaires contre HABRE ; Elle ne peut prétendre à aucune neutralité ni même à un semblant de crédibilité si l’on se rappelle le rocambolesque de la carrière de ses lois de compétence universelle. Et d’ailleurs tous les bailleurs de fonds, au même titre que le Tchad et le Sénégal, tous financent l’accusation ; les 18 milliards sont pour l’accusation, comment alors parler de procès juste et équitable .C’est une véritable farce.
Me, vous semblez bien pessimiste…
Monsieur Fall, comment penser que des gens vont sortir 18 milliards sans exiger une contrepartie, qui serait, en toute logique, un pseudo procès, « juste et équitable » fort médiatisé aboutissant à une condamnation pré-garantie en leur faveur. Qui peut aujourd’hui croire le contraire ? Telles que les choses se déroulent, nul ne peut sortir libre d’une telle parodie de justice. Par exemple, comment peut-on accepter que le chef de la délégation des experts de l’Union européenne, financier de l’accusation au procès, le Procureur de la République et le juge d’instruction tiennent une réunion… Cela s’est passé récemment, au vu et au su de tous. On n’a même pas le simple souci de sauver les apparences de bonne conduite. C’est absolument inqualifiable et scandaleux.
C’est exactement le même schéma que les américains ont mis en place pour le procès de Saddam Hussein, financement exclusif de l’accusation, formation et encadrement des magistrats, remplacement des jurés par des magistrats fonctionnaires et ainsi on s’assure du contrôle de la machine d’un bout à l’autre, du financement à la décision. Le comité de suivi composé de fonctionnaires, d’avocats liés à l’Etat mais aussi pour certains ayant déjà connu l’affaire du fait de leurs fonctions dans l’appareil judiciaire, c’est ce comité qui va déterminer l’étendue et le champ des poursuites, c’est un processus totalement politisé, inédit dans un Etat qui se veut de droit. La suite, tout le monde la connait.
Le Sénégal dit qu’il doit exécuter ses obligations internationales, c’est-à-dire juger ou extrader. Ne s’en trouve-t-il pas un peu coincé ?
En aucun cas, d’abord il a déjà jugé ce cas, il y a une décision de sa plus haute juridiction et je vous disais plus haut, sachant pertinemment que tel était le cas, les ONG n’avaient pas d’autre solution que de saisir la justice Belge qui a envoyé sa demande d’extradition qui a été rejetée par la justice sénégalaise. Dans tous les cas l’affaire a été jugée, elle a fait l’objet, de la part de la justice sénégalaise, d’une décision appelée en droit « refus d’informer », et cette décision est revêtue du sceau de l’autorité de la chose jugée. On brandit à tout va « juger ou extrader » pour tromper les gens, abuser de l’opinion. Le Sénégal a parfaitement et entièrement exécuté ses obligations juridiques nationales et internationales.
En comparaison, essayons de voir ce qui se passe chez les donneurs de leçons et généreux philanthropes, donateurs de milliards à l’occasion. La Belgique a modifié 4 fois ses lois de compétence universelle pour qu’elles soient conformes non pas à la lutte contre l’impunité mais à ses intérêts diplomatiques bien compris. La France aussi a tout récemment modifié ses lois se rapportant à la convention contre la torture en posant que désormais la personne poursuivie « devait résider en France » alors que la convention prévoyait que la personne « devait se trouver sur le territoire ». Exactement comme la Belgique, la France a pris des mesures pour éviter que des personnalités étrangères de passage soient inquiétées, mettant en avant ses intérêts politiques au détriment de la lutte contre l’impunité.
La dernière affaire est celle de Mme Tzipi LIVNI ex Ministre des Affaires étrangères israélienne. Une plainte pour crimes contre l’humanité avait été déposée contre elle par des familles palestiniennes devant le justice britannique, un juge a émis un mandat d’arrêt international, il y a quelques semaines ; tollé général, la Grande Bretagne a non seulement annulé le mandat d’arrêt mais en plus annoncé qu’elle va modifier la loi anglaise de compétence universelle pour éviter que des Israéliens ne soient plus jamais inquiétés. Alors, ce ne sont pas les arguments juridiques et/ou politiques qui manquent au Sénégal pour mettre fin à cette scandaleuse chasse à l’homme.
Quel est l’intérêt du Sénégal dans cette affaire, en dehors des 18 milliards de Fcfa ?
C’est la grande question, qu’est-ce qui fait courir le Sénégal derrière l’ancien Président tchadien et ce depuis 10 ans ? Une personne qui n’a jamais porté atteinte aux intérêts du Sénégal et dont l’ancien président Abdou DIOUF avait reconnu qu’il a respecté scrupuleusement les obligations découlant du statut à lui accordé au titre du droit d’asile politique. Alors, comment expliquer que le Sénégal n’a pas pu honorer sa parole. Comment expliquer cette extraordinaire coalition : Tchad, Sénégal, Libye, Belgique, France, UA, UE et tout ce que la terre compte d’ONG ; comment expliquer les moyens financiers déroulés sans relâche pendant 10 ans, paiements à tour de bras des voyages, colloques, billets d’avions, séminaires, avocats, campagnes médiatiques, production de films et leur diffusion. Je vous invite à cette grande interrogation.
Je voudrais terminer en disant que la question de l’impunité est une question complexe et importante et il revient aux Africains eux-mêmes de voir, au cas par cas, qu’elle est la solution idoine. Faut- il toujours punir ? L’Afrique du Sud a choisi sa propre voie, le Maroc a aussi privilégié la sienne. On ne peut pas dans un pays comme le Tchad avec une histoire faite de guerres civiles, d’interventions militaires françaises, de conflit international armé avec la Libye, on ne peut nous dire : Seul HABRE nous intéresse, on le prend et on le juge en faisant financer son procès par ses ennemis. C’est totalement inacceptable.
L’honneur de la magistrature sénégalaise, c’est d’avoir le courage de dire : cette affaire a déjà fait l’objet d’une décision définitive rendue par la Cour de Cassation du Sénégal, de surcroît et en tout état de cause, nous ne pouvons assurer un procès juste et équitable. Et ainsi de refuser de se salir les mains. Sinon, ce qui se passe, c’est cautionner le fait qu’un Africain, fut-il ancien Chef d’Etat, ne peut prétendre au respect de ses droits les plus élémentaires dans un Etat qui se veut de droit. Et cela se passe au Sénégal …
EXERGUES
1/ L’affaire Hissein Habré n’est pas une affaire judiciaire normale soumise aux règles de droit classique, c’est une grosse affaire politique…. 2/ Ce n’est pas à l’honneur du Sénégal, pays d’éminents juristes, d’avoir crée une monstruosité juridique
3/ Le Sénégal en initiant les modifications législatives savait pertinemment qu’il portait atteinte à de nombreux principes de droit et surtout aux droits du Président HABRE
4/L’honneur de la magistrature sénégalaise, c’est d’avoir le courage de dire : cette affaire a déjà fait l’objet d’une décision définitive rendue par la Cour de Cassation du Sénégal, (…), nous ne pouvons assurer un procès juste et équitable.
(09/08/09)Acheikh Ibn-Oumar est une personnalité politique qu’on ne présente plus. Ancien Ministre des Affaires étrangères, ancien Conseiller de Déby et actuel Représentant Europe de l’Union des Forces de la Résistance (UFR) dirigée par Timane Erdimi, c’est en révolutionnaire aguerri qu’il revient sur le récent ralliement d’Ahmat Hassaballah Soubiane au régime d’Idriss Déby. Refusant de stigmatiser l’attitude de ses amis Soubiane et Tamboulé, le représentant de l’UFR déclare ne pas connaître les motivations des nouveaux ralliés mais avoue que s’il s’était lui-même retrouvé face à des contraintes du même ordre, il aurait agi exactement comme eux. Acheikh Ibn-Oumar a également accepté de répondre à mes questions sur la toute dernière défaite de l’UFR face à l’armée de Déby et essaie de justifier, les nombreux ralliements consécutifs à cette défaite de plus que ni les militants ni les militaires de l’UFR ne semblent avoir digéré. Il renvoie Adoum Younousmi à ses « mensonges », affirme que la plupart des ralliés sont des taupes du régime et juge que la capture de Hammoda n’est pas un signe de faiblesse de l’UFR. Pour le représentant de l’UFR et conseiller spécial de Timane Erdimi, l’origine des faiblesses de l’UFR sont à chercher au sein de l’UFR même. Dénonçant avec une rare passion ceux qui font connaître leur opinion sur internet par rapport à tel ou tel responsable politique de la rébellion, Acheikh Ibn-Oumar estime que ce comportement contribue à créer des fissures au sein de l’organisation et précède souvent les ralliements au régime. Par ailleurs, il dénonce les activités parallèles des militants n’ayant aucun mandat particulier pour s’exprimer ou entamer des démarches politiques au non de l’UFR. Enfin, et à l’instar du porte-parole de l’UFR, Acheikh Ibn-Oumar réaffirme que la rébellion est disposée à un dialogue avec le régime.
« Le ralliement de Soubiane renforce la stratégie de confiscation de pouvoir et de privatisation de l’Etat qui est celle du régime MPS »
Entretien avec Acheikh Ibn-Oumar
Lyadish Ahmed – Monsieur Ibn-Oumar, vous êtes représentant en Europe de l’UFR, en quelque sorte un de ses ambassadeurs universels. Alors pour introduire cet entretien, dites-moi franchement : Soubiane a-t-il oui ou non trahi ses convictions et ses compagnons de combat ?
Acheikh Ibn-Oumar –Premièrement, dans ce genre de situation, il faut éviter de focaliser sur les individus. Les frères Ahmad Soubiane et Issa Tamboulet sont pour moi de très anciens compagnons de lutte depuis l’époque du Frolinat. Je connais leurs convictions et leurs qualités personnelles et je ne veux pas leur jeter l’anathème, tant que je n’ai pas une discussion directe avec eux pour essayer de voir les contraintes, qu’on peut d’ailleurs facilement imaginer, qui les ont amenés à cette décision. Peut-être, que si j’avais eu à faire face à ces mêmes contraintes, j’aurais fait le même choix.
Deuxièmement, sur le plan organisationnel, les groupes composant le Mouvement National s’étaient mis en dehors de l’UFR ; donc, ils sont libres de rallier ou de continuer la lutte. En tant que UFR, nous n’avons pas de comptes à leur demander.
Troisièmement, depuis la formation du FSR en 2007, l’apport de ce mouvement dans les grandes opérations militaires a été assez limité et son ralliement ne constitue pas une grande perte sur le plan militaire, même s’il renforce la machine de décervelage débyste visant à enlever aux Tchadiens tout espoir en un changement politique.
Lyadish Ahmed – Même si ce ralliement ne constitue pas une véritable perte pour l’UFR, il n’est pas dénué de toute conséquence politique…
Acheikh Ibn-Oumar – Sur le plan de la signification politique, je crois, que le ralliement du Mouvement National (MN) est venu à un très mauvais moment, et ne va pas du tout dans le sens de l’amélioration de la situation, ni en termes de bonne gouvernance, ni en termes d’instauration de la paix. Comme tous les ralliements séparés, il va plutôt dans le sens du renforcement de la stratégie de confiscation de pouvoir et de privatisation de l’Etat qui est celle du régime MPS.
Plus précisément, la signature de ce pseudo-accord par le régime, en ce moment particulier fait partie du plan de sabotage du dialogue national global, seul cadre approprié pour sortir de ce long, trop long, cycle de violence.
Le régime, comme il le fait à chaque ralliement, va durcir sa position et relancer les agressions militaires, estimant que l’opposition faiblit. Donc en signant ce genre d’accord dit de paix, on renforce plutôt la logique de guerre du pouvoir MPS.
Lyadish Ahmed – Pourquoi estimez-vous que le régime se livrerait à un plan de sabotage du dialogue national alors qu’il clame sans cesse sa volonté de faire la paix avec ses opposants armés et non armés ?
Acheikh Ibn-Oumar – Je m’explique: vous avez suivi l’évolution récente de l’Union africaine et des Nations unies, appelant pour la première fois le gouvernement de N’Djamena à reconnaître le conflit inter-tchadien et à négocier avec l’opposition, provoquant d’ailleurs des déclarations publiques très irresponsables de la part du gouvernement. Se sentant coincé, le régime multiplie les manœuvres de récupération pour essayer de sortir de cette situation avec l’air de dire : « ce n’est pas la peine d’organiser un dialogue global, l’opposition est militairement anéantie et les rescapés sont en train de rallier un à un ».
Lyadish Ahmed – Ce n’est donc qu’une simple suspicion de votre part. Il n’y a pas véritablement un plan de sabotage comme vous l’invoquiez à l’instant…
Acheikh Ibn-Oumar– Si, il y a un plan minutieux, en plusieurs volets, pour que l’exemple du Mouvement national (dirigé par Soubiane : ndlr ) soit suivi par d’autres.
D’ailleurs, depuis plusieurs mois, des agents du régime plus ou moins déclarés, multiplient les contacts individuels avec les dirigeants, les cadres, les officiers, et même les simples combattants, en leur faisant miroiter des perspectives alléchantes en contrepartie de leur ralliement.
Le démantèlement des cantons et des sous-préfectures fait partie de ce plan; on espère attirer des opposants en leur disant : « voyez, grâce à Déby votre clan a maintenant sa propre chefferie, votre village est devenu une sous-préfecture !», sans se soucier des effets sociaux et politiques désastreux qui vont plomber la vie nationale pendant des générations peut-être.
Au même moment, le pouvoir paie une multitude de relais étrangers pour convaincre les partenaires extérieurs de l’inutilité d’un dialogue politique avec l’UFR, vu que les opposants seraient en train de rallier un à un.
On peut citer aussi : les attaques contre le territoire soudanais, visant à provoquer une conflagration générale dans la région, l’utilisation des enfants recrutés de force par le MJE et les milices pro Déby dans les camps de réfugiés pour les présenter ensuite comme étant des recrues de l’UFR; le but étant de salir l’UFR et la faire passer pour un partenaire non crédible. Les écrits sur Internet sous des fausses identités soutenant tel responsable de l’UFR et dénigrant tel autre pour semer la zizanie, et retarder la fusion définitive des mouvements constitutifs, contribuent indirectement à ce plan, quelles que soient les intentions réelles de leurs auteurs.
Lyadish Ahmed – Justement, s’agissant des ralliements séparés, le gouvernement fait état de plus en plus de retours massifs des soldats de la rébellion dans les casernes de l’ANT.
Acheikh Ibn-Oumar – Le travail de réorganisation et de repérage des taupes provoque un sauve-qui-peut chez les éléments infiltrés. Il faut cependant reconnaître que des éléments sincères peuvent se laisser entraîner par impatience ou par opportunisme. Mais je dois dire que les campagnes menées par le régime à propos des ralliements massifs sont des montages à but de propagande. Souvent les quelques ralliés sont renforcés par d’autres éléments ramassés à gauche à droite : coupeurs de route emprisonnés, rebuts des recrutements forcés opérés par le MPS ou le MJE, etc. pour gonfler le nombre. Certains de ces pseudo ralliés sont en réalité des éléments infiltrés dès le départ et qui retournent chez leur commanditaire, soit par ce qu’ils étaient sur le point d’être démasqués soit simplement parce qu’ils ont accompli leur mission et doivent passer le relais à de nouveaux infiltrés.
Lyadish Ahmed – Ne croyez-vous pas qu’à force de nier l’évidence vous êtes en train de laisser l’UFR se vider de ses forces ?
Acheikh Ibn-Oumar – La crainte à avoir ce n’est pas que l’UFR se vide de ses forces mais qu’elle soit plutôt artificiellement gonflée par de nouveaux infiltrés du régime qui viendraient remplacer les anciens, ou par des professionnels des ralliements à répétition qui font un tour par l’opposition afin de pouvoir mieux se vendre au régime.
D’ailleurs pour un mouvement de lutte, le nombre n’est pas le facteur décisif. Pas plus que le matériel. Le plus important, c’est la cohésion idéologique et organisationnelle et la détermination ; sinon comment comprendre que dans toutes les batailles remportées par l’opposition, le rapport de forces était pratiquement toujours de un contre cinq en faveur du régime, sans compter les avions, les blindés, le soutien des forces françaises, etc.
Lyadish Ahmed – L’opinion nationale croit pourtant que ceux qui rallient sont découragés parce que la rébellion perd toujours tous les combats du fait qu’elle ne se prépare pas, ne s’organise pas et lance des offensives à hue et à dia sous la pression médiatique des militants.
Acheikh Ibn-Oumar – Tant qu’on n’aura pas réussi à renverser militairement le régime, on passera toujours pour des perdants. Alors que ce n’est pas vrai. Le bilan de pertes dans tous les combats a toujours été largement en défaveur de la coalition MPS/MJE.
Cela ne veut pas dire que nous n’avons pas commis d’erreurs tactiques ; la précipitation fait partie de ces erreurs. C’est vrai pourquoi, le Commandement de l’UFR a reporté à plusieurs reprises sa décision de reprendre l’initiative militaire, malgré la pression psychologique et médiatique de la base ; ce report est du à des raisons de réorganisation interne et des raisons de conjoncture tactique aussi.
Sur le plan de la réorganisation interne, j’avais fait allusion à l’existence de taupes en notre sein. Les combats de mai avaient révélé que nos forces étaient gangrenées par des agents du régime avec pour mission de propager des fausses rumeurs, créer des dysfonctionnements au moment les plus décisifs des combats par la transmission de renseignements ou la création de « trous » dans les dispositifs, etc.
Ajoutez à cela, les difficultés de communication entre les différentes bases à cause de la saison des pluies, sans compter cette maladie infantile des mouvements militants qu’on appelle la « réunionite ».
Lyadish Ahmed – Vous confirmez donc que vous ne lancez vos offensives que sous la pression médiatique de vos militants ou bien d’autres raisons vous empêchent d’agir ?
Acheikh Ibn-Oumar – Ce n’est pas tout à fait cela ; mais bref, Il y a aussi des raisons liées à la conjoncture tactique.
C’est-à-dire qu’il y a eu une série de développements militaires dans la zone qui nous avaient amenés à ajourner nos plans d’action.
Par exemple, il y a eu les attaques de l’aviation tchadienne en territoire soudanais, le régime cherchant à noyer tous les problèmes de la région dans un affrontement direct entre les armées des deux pays, entraînant les forces internationales présentes dans la région. Puis il y a eu des attaques conjointes entre le MJE et l’Armée tchadienne toujours en territoire soudanais. Puis il y a eu la contre-offensive de l’Armée soudanaise contre les bases du MJE dans la zone frontalière. Puis des combats internes aux mouvements darfouri, entre l’aile Minni Arkoï Minawi, alliée aux forces gouvernementales, et l’aile Khalil Ibrahim. Comme toutes ces opérations se déroulaient non loin de nos bases, nous avions préféré calmer l’impatience de nos troupes de peur qu’une action de notre part dans ces différents contextes très compliqués, ne soit confondue aux tensions entre le Tchad et le Soudan, ou aux micmacs soudano-soudanais. Surtout qu’au même moment, nous avions entamé des contacts diplomatiques pour montrer que notre problème est strictement interne au Tchad.
Par ailleurs, nous avons appris que le régime avait mobilisé ses milices pour que celles-ci attaquent les camps de réfugiés, concomitamment à nos offensives, en essayant d’en faire porter la responsabilité par les forces de l’UFR. N’djamena est très agacé par les rapports des ONG et des forces internationales, confirmés par les administrateurs tchadiens eux-mêmes, qui accusent le gouvernement, à travers ses milices, ses forces armées et leurs alliés « Toro Boro », dans les exactions contre les réfugiés et les autochtones, alors que pratiquement jamais l’opposition politico militaire n’a été mise en cause, à part le triste épisode de l’attaque conjointe entre l’ex CNT de Djinédi et les dits « Djandjawid » contre les villages de Tiéro et Marena ( région de Goz Béïda : ndlr) en mars 2007 )
Cette prudence de notre part, qui a été appréciée d’ailleurs par nos interlocuteurs (lesquels nous ont encouragés à continuer à faire preuve de discernement dans nos actions), est exploitée par le régime pour dire que l’UFR est incapable de reprendre des actions militaires. Si c’était le cas, pourquoi le régime ne profite pas de notre faiblesse supposée pour répondre à nos appels incessants à un règlement pacifique global et définitif à travers le dialogue inclusif, et persévère dans sa tactique de marchandages individuels, sachant que cela ne fait qu’aggraver le problème de la guerre ? De quoi a-t-il peur ?
Lyadish Ahmed – Adoum Younousmi, Ministre de la Défense par intérim durant les événements, avait fixé à 3 ans la durée de convalescence de l’UFR après les combats de mai dernier. On ne vous a pas entendu commenter cette bravade triomphaliste ?
Acheikh Ibn-Oumar – Personnellement, je ne suis pas partisan de répondre du tac au tac à tous les délires médiatiques du régime. L’opinion n’est pas dupe. Pour la petite histoire, le public de TéléTchad avait constaté que les responsables du régime qui avait monté les mises en scène de matériel prétendument récupéré sur l’UFR, avaient oublié d’enlever les plaques d’immatriculation sur certains véhicules, montrant clairement que c’était des véhicules gouvernementaux.
D’ailleurs, le ministre en question vient d’être démenti par son propre gouvernement qui a affirmé avoir procédé à des bombardements des positions de l’UFR dans le Dar Sila et le Salamat, après avoir clamé que les forces de l’UFR ont été complètement anéanties.
Ces bombardements, soit dit en passant, ont fait des victimes civiles dans de villages frontaliers tchadiens et soudanais, car les mercenaires pilotes qui sont payés à la tâche, évitent de s’attarder trop au dessus de nos positions et larguent leurs charges meurtrières à l’aveuglette sans que cela semble gêner la France et les autres pays européens dont les forces sont présentes au Tchad pour, dit-on, « protéger les civils » !
Lyadish Ahmed – Reconnaissez quand même que les affrontements d’Am-Dam ont été une véritable Bérézina pour l’UFR…
Acheikh Ibn-Oumar – Le nom de la rivière « Bérézina » est devenu un cliché universel pour désigner un échec dans une entreprise. Je l’accepte dans ce sens banalisé dans la mesure où le repli de nos forces peut être interprété comme un échec. Mais s’il faut prendre ce terme avec toutes ces connotations stratégiques, je le rejetterais car on ne peut pas comparer les combats de mai dernier à l’aventure de l’armée napoléonienne en Russie.
Lyadish Ahmed – Il y a quand même cette réalité que vous ne pouvez pas contester : la capture d’un de vos commandants en chef qui dirigeait les combats que Déby n’a pas hésité à exhiber aux médias pour une ultime humiliation.
Acheikh Ibn-Oumar – La capture du colonel Mahamad Hamoda était un mauvais coup médiatique pour nous. Mais elle ne reflète pas une faiblesse mais plutôt une force. Je m’explique : en tant que Commandant en Second, le frère Hamoda avait toute la possibilité de se retirer avec toute la protection nécessaire, mais il avait préféré rester avec une unité qui était coupée très en profondeur au sein des lignes adverses, en attendant les secours qui avaient tardé. Son sacrifice exemplaire, montrant qu’un vrai chef n’abandonne jamais ses collaborateurs dans les situations les plus désespérées ; et la leçon de noblesse de caractère qu’il a infligée à ses geôliers, ont un formidable effet dopant pour ses frères d’armes officiers et combattants.
Pour ce qui est du bilan, mon évaluation est que les combats d’Am Dam étaient loin d’avoir été la déroute de l’UFR clamée à tue-tête et à longueur de journée par les batteurs de tam-tam débystes. Les témoignages visuels de la population dans les zones de combats, décrivent une débandade terrible de la très mal nommée Armée Nationale Tchadienne ; doublement mal nommée d'ailleurs, car, d’une part, elle n’a rien d’une Armée du fait de son organisation et, d’autre part, elle n’a rien de national sur le plan de sa mission et de sa composition.
Les pertes matérielles et humaines de l’UFR étaient très limitées en comparaison. L’UFR n’a pas peut-être pas remporté un KO, mais au moins une « victoire aux points ».
Je dois reconnaître cependant qu’il y a eu des problèmes de coordination des opérations et l’après Am Dam n’a pas été bien géré par l’UFR, et sur le plan de la communication, et sur celui de la réorganisation interne.
Lyadish Ahmed – Voulez-vous dire que vous n’avez pas remporté la victoire parce que certains parmi vous, notamment le colonel Adouma Hassaballah et le général Nouri, n’ont pas pris part aux combats ?
Acheikh Ibn-Oumar – Si vous faisiez un tour dans nos bases arrière, vous constateriez que justement, l’UFCD et l’UFDD ont eu le plus grand nombre de blessés ; ce qui ne veut pas dire qu’à l’inverse, ils étaient plus impliqués que les autres. De toute façon, les colonnes qui étaient parties en opérations étaient résultat de brassage entre les forces des différents mouvements constitutifs, contrairement aux expériences précédentes où c’était des simples coordinations, chaque mouvement gardant l’autonomie de son armée.
Ce brassage a été un peu mis à mal pendant le repli et l'Etat-major est en train de mettre au point une nouvelle répartition des unités et des officiers d'encadrement.
Pour ce qui est de la non participation des forces de l’UFCD et de l’UFDD, une fois de plus, nous avons affaire à une campagne d’intoxication des agents du régime pour essayer de semer la confusion. Cette campagne exploite peut-être le fait que, d’une part, le 1er Vice-président Adouma Hassaballah était évacué pour des raisons de santé quelque temps avant les combats et que, d’autre part, l’UFDD a connu des problèmes internes illustrés par la scission sous le sigle UFDD-R dont les initiateurs ont fini par rallier le régime ; sans compter la série de ralliements individuels observés depuis les combats de mai et dont l’importance a été plus que gonflée par la propagande du régime. Ces problèmes internes réels, non rien à voir avec la prétendue manque de combativité des éléments de l’UFCD et l’UFDD.
D’ailleurs, sur le plan opérationnel, le vrai problème n’est pas le manque de combativité supposée de tel ou tel groupe, tout au contraire c’est l’excès de combativité si j’ose dire : beaucoup de combattants et d’officiers ont tendance à foncer tête baissée contre les positions adverses, certaines unités refusent de se faire relever et s’entêtent à rester des jours et des jours, sans dormir ou même manger, plus guidés par leur mépris des forces d’en face et par une émulation interne démesurée que par une véritable planification tactique.
Lyadish Ahmed – Après ses multiples attaques infructueuses et ses ralliements, de moindre importance soient-ils, on a l’étrange impression que la rébellion est gravement affaiblie.
Acheikh Ibn-Oumar – Dans toute lutte, il y a des phases d’euphorie pendant lesquels tout le monde croit en une victoire immédiate et des phases où la tâche paraît très longue et difficile. C’est un processus normal qui a l’avantage de faire le tri entre les militants convaincus qui redoublent de détermination et les indécis, qui ne sont prêts à s’engager que s’il y a garantie d’un succès facile et rapide.
Les économistes le répètent en permanence : quand on s’écarte des règles de l’orthodoxie, les dégâts sont immédiats, massifs et difficilement réversibles ; alors que quand on suit la voie juste, les résultat sont lents, fragmentaires et précaires.
L’UFR est débout, déterminée, avec une haute conscience de sa mission historique pour contribuer à enrayer la descente aux enfers de notre pays. L’UFR est au travail pour relever les défis.
Lyadish Ahmed – Quels sont donc vos projets actuels ?
La première priorité c’est la réorganisation militaire.
Les combats de mai ont révélé des failles dans les forces armées de l’UFR, dont certaines assez graves, illustrées par l’infestation de nos rangs par des taupes du régime, l’usage anarchique des téléphones, et surtout, la précipitation dans les combats. Depuis les chefs politiques, jusqu’aux logisticiens et infirmiers, c’est la course de vitesse pour être en pointe dès le premier choc avec l’adversaire. D’où la dislocation des chaînes de commandement, de ravitaillement, d’évacuation de nos blessés et des prisonniers etc. Le commandement militaire a mis en place une commission d’évaluation des opérations et il est en train de revoir l'ordre de bataille ainsi que d'autres questions techniques que je ne maîtrise pas et dont les détails n'ont de toute façon pas leur place dans une interview destinée au public.
Le deuxième axe, c’est la finition de la structuration interne. La liste des membres de l’organe délibérant de l’UFR, à savoir le Conseil Supérieur de la Résistance (CSR) vient juste d’être confectionnée ; et d’autres structures, telles que les commissions spécialisées, les représentations extérieures, et les cellules de bases pour canaliser la disponibilité des militants dans divers secteurs, sont encore en en gestation.
Le Troisième axe, c’est le travail diplomatique : La propagande du régime et des ses alliés extérieurs tend à présenter le problème interne tchadien comme un simple débordement de la crise du Dar Four et les opposants comme des va-t-en-guerre, tribalisés à mort, et assoiffés de pouvoir. Aussi nous avons entamé un travail d’explication auprès des pays et organisations partenaires pour, à défaut d’être soutenus ou approuvés, au moins être entendus et, un peu, compris.
Interview du Dr LEY-NGARDIGAL Djimadoum, Président du Comité chargé de l’organisation de la Conférence nationale inclusive de paix (COPORT)
Hier le 1er mars devait se tenir à Addis Abéba en Ethiopie la Conférence de Paix inclusive mandatée au COPORT.La Conférence n’a finalement pas eu lieu à cette date consensuelle retenue par la conférence de l’opposition plurielle. Interviewé par Ialtchad Presse, Dr LEY-NGARDIGAL Djimadoum ,Président du Comité chargé de l’organisation de cette Conférence a bien voulu faire le point sur cette question. Brahim Wardougou
Ialtchad : Vous étiez le vice-président du COPORT (Comité chargé de l’organisation de la conférence nationale inclusive de paix), aujourd’hui vous assurez la présidence, des missions qui sont assignées au COPORT où en êtes vous ?
Dr LEY-NGARDIGAL Djimadoum : Nous remercions infiniment la rédaction de Ialtchad de nous avoir offert cette opportunité, en notre qualité de Président du COPORT pour faire le point sur la mission qui nous a été confiée par la Conférence de l’Opposition plurielle des 28 et 29 Octobre 2006 à Paris.
Notre mission première est l’application de l’une des résolutions de ladite Conférence, en l’occurrence l’organisation de la conférence nationale inclusive de paix. Le Comité avait commencé à peine à prendre des contacts avec les dirigeants de certains Etats et institutions internationales, que le début prometteur du travail fut perturbé par la démission de M.Ahmat Yacoub qui a crée une vaste confusion au sein l’opinion nationale et internationale. Eu égard à l’enjeu fondamental de la question de paix pour le Peuple tchadien, nous ne nous sommes pas laissés décourager. Le Bureau du COPORT a pris le taureau par les cornes. Des contacts et entretiens tous azimuts ont été établis entre le COPORT et les Partenaires internationaux dont les implications dans l’organisation de la Conférence de Paix inclusive le 1er mars 2007 à Addis Abéba nous sembleraient indispensables. Je voudrais rappeler que lors de la Conférence de l’Opposition plurielle à Paris, des vives discussions ont fusé autour de la question de cette date qui semblerait trop proche et du lieu. Nombre de Conférenciers ont estimé que nous ne devons pas imposer une date à nos partenaires car nous ne connaissons pas leurs agendas, de plus ne pouvons présager de leurs accueils. Le consensus retenu était de proposer la date de 1er mars 2007 à Addis Abéba, siège de l’Union Africaine au détriment de Dakar qui n’a pas eu la faveur des Conférenciers pour cause d’hébergement de l’Ex président Hissein Habré qui vit en exile depuis 17 ans au Sénégal. D’autres Conférenciers ont réfuté le Sénégal car pour ces derniers, ce pays appartiendrait à la Françafrique et que son régime serait plutôt favorable au Président Déby. Selon eux l’Ethiopie, anglophone serait neutre et recevrait leur préférence.
Le COPORT poursuit inlassablement son travail en collaboration avec les partenaires internationaux. Nous tenons à préciser en toute humilité que les enjeux du problème tchadien focalisent des intérêts divergents extérieurs. Ces derniers obéissent à des agendas que notre modeste institution ne saurait prétendre imposer définitivement ni la date et ni le lieu. Nos interlocuteurs exigent de nous de la discrétion car ils estiment que des tractations diplomatiques efficaces ont besoin de cela. C’est en conformité avec le souhait de nos partenaires que vous pouvez constater vous-même que le COPORT reste discret sur son travail. Nous ne publierons jamais sur sites les échanges de correspondances écrites entre le COPORT et certaines très hautes personnalités internationales. Le silence et le travail de fourmi que mène le COPORT ont conduit certains milieux, animés de souhait d’échec pour notre mission, de pérorer la disparition du COPORT et de son échec. Le COPORT n’est pas en mal de notoriété publique et ne se livrerait jamais à une sorte de concurrence malsaine ou de surenchère médiatique par diffusion sur web des rencontres, contacts et entretiens avec nos partenaires internationaux. Nous ne voulons pas donner des faux espoirs ou vendre des illusions à notre Peuple martyr quand toutes les démarches ne seraient pas ficelées et que nous serions sur le point d’une concrétisation éminente de ce projet.
En conclusion, des contacts positifs se poursuivent entre le COPORT et les partenaires internationaux qui sont par ailleurs, favorables à un report de la Conférence nationale de paix inclusive, initialement prévue pour le 1er mars 2007 à Addis Abéba (Ethiopie) à une date qui sera fixée ultérieurement en conformité avec les agendas diplomatiques.
Ialtchad : Dans l’une de vos résolutions vous parlez de la nécessité de coordonner les actions des politico-militaires, en quoi cela aidera une conférence de paix qui semble être la mission principale du COPORT ?
Dr LEY-NGARDIGAL Djimadoum : Chers Compatriotes, une expression populaire dit « qui veut la paix, prépare la guerre. Dans le cas des Forces de résistance tchadienne, elles n’ont jamais préparé la guerre. Elles sont contraintes par le Général-Président Idriss Déby Itno à prendre les armes pour se défendre, elles s’opposent à la répression et aux crimes institutionnalisés par le pouvoir. La résolution dont vous faites allusions n’est qu’une contre-mesure légitime face au pouvoir qui dilapide les ressources pétrolières dans l’achat des armes. Serait-il logique que les Forces de résistance restent divisées, par conséquent faibles et seraient exterminées par le bulldozer gouvernemental ? Une Conférence de Paix inclusive ne peut avoir lieu sans les Forces de résistance nationale ou en présence des cadavres de ces dernières. Elles sont objectivement incontournables et doivent s’unir pour renforcer leur capacité de défense et d’existence.
Le COPORT ne fait pas l’apologie de la guerre et de la violence mais souscrit au droit des Peuples à l’autodétermination et à lutter contre toutes les formes d’oppression y compris par la lutte armée qui est reconnue par la déclaration d’Alger de 1976.
De plus, les politico-militaires présents massivement à la Conférence de l’Opposition plurielle de Paris, ont pour la première fois, souscris publiquement à la résolution proposant la tenue d’une Conférence de Paix. N’est-ce pas là une volonté réelle de paix ? Alors que le Général-Président Idriss Déby Itno continue de clamer qu’il ne négocierait pas avec les opposants armés. Le COPORT poursuit son travail de catalyseur pour la paix.
Ialtchad : Quelles sont aujourd’hui les épreuves auxquelles le COPORT se heurte; s’il y en a, comment comptez vous relever ces défis ?
Dr LEY-NGARDIGAL Djimadoum : Le COPORT est confronté à plusieurs problèmes: Tout d’abord, la crise structurelle dont j’avais évoqué plus haut mais qui est surmontable car notre équipe s’abstient de répondre aux surenchères verbales, aux actes de sabotage et autres provocations. Nous estimons que ces petites contradictions secondaires doivent s’effacer au profit de la tenue d’une Conférence de Paix globale inclusive. Nous nous retrouverons tous un jour malgré nos animosités secondaires, afin de bâtir notre pays.
La seconde épreuve à laquelle le COPORT est confronté et la plus importante par ailleurs, est celle de la disponibilité et de l’agenda réel des partenaires internationaux. Le COPORT est dans la phase ultime de persuasion de nos partenaires. Les perspectives sont meilleures. Ce qui se traduirait par des missions d’une délégation du COPORT dans certains pays.
Ialtchad : Pourquoi l’ex-président du COPORT Ahmat Yacoub a t-il démissionné ?
Dr LEY-NGARDIGAL Djimadoum : La démission du COPORT de M. Ahmat Yacoub est un non-événement car l’intéressé a tenté de justifier son acte dans son interview. Dans ma longue lettre explicative de mon départ de mon poste de Rédacteur en chef du journal web Alwihda et dont le Directeur Général est M.Ahmat Yacoub, j’ai expliqué avec de détails précis la genèse de ma décision relative au comportement de ce dernier qui voulait affilier le COPORT à Alwihda, et que ces deux entités devraient être au service de ses ambitions inavouées. Dès lors que les Membres du COPORT s’opposent à cette hégémonie et orientation sournoise et de mépris, M. Ahmat Yacoub n’a pas pu résister à ce qu’il considère comme un affront : il démissionna sans consultations préalables et nous l’avons appris comme vous sur son site Alwihda. Dans sa furie guerrière, il s’était livré à des attaques personnelles contre nous sur son site en exploitant de surcroît de manière honteuse les conflits internes de notre Parti, l’ACTUS. Nous ne nous sommes jamais immiscés dans les conflits internes de son Parti, le FNTR. De plus, nous avons évité de polémiquer en nous abstenant de répondre à toutes ces insanités, propos orduriers autres manœuvres grossières de bas étages dont nous sommes victimes.
M. Ahmat Yacoub a démissionné du COPORT, c’est son droit absolu. Cependant, le cynisme dont il fait preuve, est sa propension à déployer sournoisement son talent pour détruire le COPORT. Son insistance auprès d’un Membre du Bureau du COPORT de démissionner témoigne si besoin en était, de la stratégie de sabotage de la mission confiée au COPORT. Il est aidé en cela par certains de ses amis qui ont passé leur temps à convaincre une partie des Membres du COPORT à rendre le tablier ou à boycotter nos réunions. La palme d’or de ce travail de destruction du COPORT revient à un membre du cercle de M.Amat Yacoub qui a eu recours à l’arme tribale et confessionnelle pour persuader ses coreligionnaires de quitter le COPORT en faisant des déclarations ahurissantes : «…vous avez fait un coup d’état contre votre frère Ahmat Yacoub afin de donner le pouvoir à un Kirdi, le sudiste Dr Ley-Ngardigal Djimadoum qui travaille pour Yorongar...
Rappelons pour mémoire que le Dr Ley-Ngardigal Djimadoum a été démocratiquement élu Vice-Président du COPORT par la Conférence de l’Opposition plurielle les 28-29 octobre 2006 à Paris. Il fut par la suite encore élu démocratiquement Président du COPORT par les Membres à l’Assemblée générale extraordinaire du 16 décembre 2006 de Paris-la Défense suite à la démission de M.Ahmat Yacoub.
Enfin, Nous sommes Secrétaire Général de l’ACTUS, un Parti d’opposition qui entretient de relations avec bon nombre de Partis politiques démocratiques, des polititico-militaires et la société civile qui luttent aussi contre la dictature du Général-Président Idriss Déby Itno. Affirmer que nous travaillons pour les Leaders de toutes ces organisations, relève de la mauvaise fois tribale. Il n’y a qu’un pas que tout esprit équilibré, militant et patriotique n’oserait franchir. Ces Opposants qui prétendent lutter contre la dictature du Général-Président Idriss Déby n’observent en réalité aucune règle élémentaire de déontologie démocratique dans une petite structure qu’est le COPORT. Alors que pourrait-on attendre de mieux avec la persistance d’une telle culture antidémocratique à l’échelle nationale s’ils arrivaient aux commandes de l’Etat ?
Comment expliquer cet acharnement de M.Ahmat Yacoub et de ses amis de vouloir détruire à tout prix les initiatives de Paix du COPORT en semant la confusion auprès des partenaires internationaux et de l’opinion publique nationale ? N-a t-il pas déclaré à un Membre du Bureau du COPORT à propos des articles de dénigrements de notre Comité sur Alwihda, que cela ne le dérangeait guère si on frappe sur le COPORT ? Pourquoi tant de haine, de manœuvres dilatoires, des coups bas, de souhaits formulés pour qu’échoue la mission du COPORT ? Ce milieu veut-il réellement la Paix et quel type de paix ? et pour qui ? Pourquoi se réjouir dans le cas d’un échec d’une conférence de Paix ?
Chers Compatriotes, vous pouvez vous-même faire le constat terrifiant du combat immense que le COPORT se doit de livrer contre les visées de destruction endogène d’un certain milieu hostile injustement à son existence. Cependant, cette manœuvre pour saborder le COPORT est mise en échec par la solidarité inébranlable de ses membres dont le patriotisme et le militantisme transcendent les clivages ethniques, confessionnels, régionalistes. Nous tenons ici à exprimer notre profonde gratitude à tous ceux qui à nos côtés contribuent positivement à nous aider de poursuivre notre mission malgré la déferlante campagne insensée pour discréditer le COPORT.
Ialtchad : Dernièrement, Ahmat Yacoub président démissionnaire du COPORT dit avoir rencontrer le Président Deby Itno dans « le cadre des démarches en vue d’une conférence de paix inclusive », d’où tient-il sa légitimité ? N’est ce pas de la dernière conférence de l’opposition des 28 et 29 octobre de Paris?
Dr LEY-NGARDIGAL Djimadoum : Le COPORT est une institution légale et légitime car il est une émanation juridique de la Conférence de l’Opposition plurielle des 28 et 29 octobre 2006 à Paris. M. Ahmat Yacoub ayant démissionné du COPORT n’a aucune légitimité ni mandat de poser des actes au nom de cette même Conférence de l’Opposition plurielle. Si ce dernier avait rencontré le Général-Président Idriss Déby Itno dans le cadre de la Paix, ne serait-il pas judicieux pour ce problème crucial de Paix de se faire accompagner d’au moins un Tchadien appartenant à son cercle politique? Aller à la sauvette rencontrer le Général-Président Idriss Déby Itno est bien un acte isolé, individuel qui n’engage que son auteur qui verrait ainsi son dessein se réaliser.
La chronique de cette rencontre annoncée nous a été déjà livrée par M.Ahmat Yacoub dans son auto-interview du 05.01.2007 sur son site Alwihda. Il déclara : «…Entre Alcheikh et Idriss Deby, je choisis le dernier », «je ne refuserai plus de le rencontrer en dehors du Tchad dans des conditions transparentes et dénuées de toute fourberie et de traîtrise pour lui dire ce que je pense de la paix. Il a choisi son camp qui n’est pas celui de l’opposition mais celui du pouvoir en se rendant seul à cette rencontre qui est dénuée incontestablement de toute transparence.
Autre observation relative à cette rencontre est le coup médiatique recherché par son auteur en mal de notoriété publique grâce à son site Alwihda. Cependant, nous constatons que le Gouvernement et notamment le Goebbels, le prolixe Ministre de la Communication et Porte-parole, Moussa Doumngor n’a fait aucune déclaration de cette rencontre que seul M.Ahmat Yacoub s’était empressé de pérorer à satiété sur son site. Une rencontre officielle non sanctionnée par un quelconque communiqué conjoint ni par une simple déclaration gouvernementale entre l’Opposition et le Gouvernement, témoigne du caractère privé de ce fait : c’est un non-événement. La montagne a bien accouché d’une souris.
Dans nos contacts avec les partenaires internationaux, nous avons souvent enregistré le message suivant «…nous devons d’abord persuadé le principal partenaire de dialoguer avec tous les protagonistes…. Cela sous-entend le gouvernement tchadien. Alors que M. Ahmat Yacoub dans son coup de publicité après sa rencontre avec le Général-Président Idriss Déby Itno, écrit : «…Le Président Déby accepte le principe de la Conférence de Paix inclusive…. Si tel était le cas, où est le communiqué conjoint ou la moindre déclaration du gouvernement confirmant cette assertion ? . Nous avons incontestablement à faire à une propagande plutôt de démobilisation de notre Peuple en lutte pour sa libération de la tyrannie. Cette phrase donnerait de faux espoirs à notre Peuple victime de la dictature. Cependant, elle redorerait le blason fort terni du Général-Président Idriss Déby Itno et répondrait à la quête de notoriété publique maladive tant recherchée par M.Ahmat Yacoub.
Pourquoi ce principe de Conférence de paix inclusive ne s’est jamais concrétisé depuis 17 ans ? Le Général-Président Idriss Déby Itno, nouveau serait-il arrivé avec cette rencontre-spectacle? Oserait-on encore croire à la bonne prédisposition du Général-Président dont la seule philosophie demeure les débauchages individuels des opposants ou la réalisation des accords séparés? Les dernières rencontres entre les délégations gouvernementales et certaines Forces de résistance après le ralliement individuel de Mahamat Nour, n’augureraient-elles pas cette même stratégie sectaire en lieu et place d’une véritable Conférence de Paix globale et inclusive? Cela est inquiétant. Mais on ne saurait tromper indéfiniment tout un Peuple qui lutte les armes à la main. L’instinct de survie le permettrait de résister à toute tentation d’être phagocyté par le gouvernement.
Nous avons lu dans l’un des communiqués signé de Boulandi avec l’entête de « Présidence de l’Opposition plurielle », une volonté manifeste de considérer les Tchadiens conférenciers comme des objets ou des sujets à qui on impose un pouvoir et une structure dont ils n’ont pas élaboré. Il s’autoproclame Président de l’Opposition plurielle y compris des Forces de résistance nationale de du Nord, du Sud, de l’Est et de l’Ouest dont les sacrifices énormes de libération mériteraient plus de décence et du respect qu’un tel comportement abject et d’imposture caractérisée. Quand et où a été créée cette Présidence de l’Opposition plurielle ? et par qui ? Le COPORT n’est nullement opposé à des initiatives pertinentes, tranparentes, coordonnées et désintéressées susceptibles de contribuer à une démarche globale de la tenue d’une conférence de Paix inclusive. La rencontre individuelle de M.Ahmat Yacoub dans des circonstances rocambolesques avec le Général-Président Idriss Déby Itno ne présenterait pas les conditions objectives que nous évoquions. Cette rencontre viserait plutôt un projet personnel de M.Ahmat Yacoub. Cette rencontre révèlera un jour ses secrets partiellement enfouis…
Ialtchad : Revenons à vous. L’ACTUS dont vous êtes le Secrétaire Général apporte bien souvent son soutien aux politico-militaires dans leurs luttes armées. Pouvez-vous nous affirmer aujourd’hui que la solution tchadienne reste militaire?
Dr LEY-NGARDIGAL Djimadoum : Chers Compatriotes, notre Parti , l’ACTUS, réaffirme sans ambages et avec conviction son soutien aux Forces de résistance nationale (UFDD, RaFD, CNT,Telssi, MDJT,Volcan de la liberté, MRPD, RNDP,RFC…). Nous ne faisons pas l’apologie de la guerre, nous ne sommes pas des va-t-en-guerre. Cependant, face à la répression et aux massacres du pouvoir du Général-Président Idriss Déby Itno, face à son refus obstiné d’une conférence inclusive de Paix, le Peuple doit exercer le principe de la légitime défense et l’application de la loi de talion. Contrairement à certains opposants qui préfèrent choisir le camp du Général-Président Idriss Déby Itno à celui de l’opposition, nous continuerons à choisir le dernier.
Nous sommes toujours stupéfaits que l’opinion internationale condamne systématiquement la légitime défense et la riposte des Forces de résistance tchadienne mais oublie l’origine de cette réponse adéquate des victimes suite aux massacres des populations par l’armée gouvernementale. C’est le gouvernement qui est bien à l’origine des violences et massacres des populations. Quand va t-on arrêter de confondre l’agresseur (le Gouvernement) et la Victime (le Peuple) ? Enfin, chers Compatriotes, si le Général-Président persiste dans son refus d’accepter une Conférence de Paix globale inclusive, alors la seule solution alternative resterait militaire. Après une victoire militaire, la Conférence de Paix globale inclusive s’imposerait inévitablement. Le Général Mahamat Nouri, Président de l’UFDD l’a confirmée dans son interview du 12 février 2007 sur les antennes de RFI. Alors pourquoi le gouvernement s’obstine dans son refus ? Pourquoi tant de victimes pour en arriver à un Forum de paix ? Eviter la guerre, c’est épargner les vies humaines. C’est pourtant la meilleure solution pour les masses populaires.
Ialtchad : Que peut-on attendre du COPORT ? En quoi ce n’est pas un autre échec à la CMAP ?
Dr LEY-NGARDIGAL Djimadoum : Les deux institutions sont apparues à des circonstances différentes et avec d’acteurs différents. Elles sont par conséquent différentes. Il serait réducteur et prématuré de parler déjà d’échec du COPORT dont la mission se poursuit malgré les actes de sabotage avérés et incontestables d’un certain milieu hostile dont le leitmotiv, le projet et l’unique prière sont de contribuer à l’échec de la mission du COPORT. À titre d’exemple un membre de ce milieu hostile au COPORT, en l’occurrence M.Ahmat Yacoub n’a t-il pas publiquement déclaré dans une auto-interview du 05.01.07 sur son site Alwihda et ce curieusement à quelques jours après sa démission la phrase suivante : « Je dois dire si j’avais seulement 1% d’espoir pour aboutir à la conférence d’Addis, je n’aurais pas du tout démissionné.» En d’autres termes l’esprit mercantile qui sous-tend son maintien ou sa démission du COPORT ne fait aucun doute. Ce même personnage avait dès la première réunion du bureau du COPORT évoqué l’échec de la conférence d’Addis Abéba. Curieuse coïncidence et enchaînement de logique et pourtant il n’y a que des combats non livrés qui sont perdus d’avance. Comment pourrait-on implorer un échec pour cette conférence de paix inclusive avant même que les démarches du COPORT ne soient engagées ?
Pour mieux vous édifier sur le comportement nocif de M.Ahmat Yacoub, nous vous citerons entre autre l’exemple de la réunion du Comité Ad hoc préparatoire (présidé par le Dr Boulada Jean-Prosper) de la Conférence de Paris des 28 et 29 octobre 2006. À 48 heures heures de l’ouverture de la Conférence, ce dernier, dans un débat houleux menaçait déjà de démissionner du Comité Ad hoc préparatoire si on n’annulait pas ladite conférence aux dates prévues d’une part et que si on ne procédait pas à la dissolution du Comité Ad hoc préparatoire. À l’unanimité, les Membres du Comité Ad hoc s’étaient opposés à son chantage et aux arguments farfelus telle que l’impréparation. Drôle d’agenda pour un Membre du Comité Ad hoc préparatoire qui ne s’aperçoit seulement à quelques heures de l’ouverture de la Conférence de retard accumulé. L’histoire nous a donné raison car cette Conférence de Paris fut un succès par le nombre des participants de l’opposition plurielle et surtout pour la première fois les Forces de résistance étaient présentes massivement.
L’Echec de la CMAP dont vous faites allusion est aussi l’œuvre de M.Ahmat Yacoub. Je ne m’étendrais pas sur ses basses manœuvres qui ont abouti à l’explosion en plein vol de la CMAP. Le principe philosophique fondamental de M. Ahmat Yacoub demeure le contrôle absolu, la soumission et l’utilisation de toute structure pour servir ses desseins. Dans le cas échéant, il met à contribution son Arme de destruction massive (ADM), en l’occurrence son site Alwihda pour atomiser ladite structure. Combien de mouvements politico-militaires et leurs leaders ont été fabriqués de toute pièce puis défaits par Alwihda ? Cette versatilité congénitale a affaibli incontestablement la lutte de libération des Forces de résistance. C’est ce qui expliquerait par ailleurs, l’amertume, la désapprobation et la farouche opposition de la majorité de Leaders des Forces de résistance à la désignation de l’ex président du COPORT, M. Ahmat Yacoub.
À quel jeu se livre donc Ahmat Yacoub ? Ce comportement étrange nous rappelle le cas de certains Officiers qui désertent les fronts de combats ou qui quittent les navires avant même que le combat ne soit engagé. Cela est pitoyable, détestable et condamnable par les masses populaires tchadiennes suppliciées de la dictature féroce du Général-Président Idriss Déby Itno. Elles ont besoin de véritables activistes et militants au sein de l’Opposition et non des capitulards et autres taupes dont les actes conscients ou inconscients renforcent le pouvoir du Palais rose. Le COPORT en toute humilité reconnaît que notre mission est difficile et parsemée d’embûches. Cependant, notre détermination face à cette adversité coriace reste intacte et résiste à toute épreuve. Nous poursuivons imperturbablement sans trompette ni tambour la mission qui nous a été confiée par la Conférence de l’Opposition plurielle des 28 et 29 octobre 2006 à Paris.
Le COPORT agit avec ténacité et abnégation dans la mesure de ses capacités et prérogatives pour la tenue de la Conférence de Paix globale et inclusive qui a été reculée. Elle ne prétend nullement imposé une quelconque date et lieu aux partenaires internationaux qui financeraient ce projet et qui se concerteraient aussi pour son organisation.
Enfin, le COPORT rappelle et réitère son caractère de catalyseur des préparatifs à la tenue de la Conférence inclusive de Paix. Il ne prétend nullement s’octroyer la présidence des débats, ni imposer son point de vue. Il sera dissout dès que l’Assemblée aurait désignée la direction de la Conférence. Les partenaires internationaux impliqués auraient incontestablement un droit de regard afin de favoriser un dialogue serein entre les différents protagonistes en présence.
Ialtchad : Dr Ley, merci
Dr LEY-NGARDIGAL Djimadoum : Pour finir, je remercie infiniment toute l’équipe de Rédaction de Ialtchad pour sa mission d’information.
Propos recueilli par
Ialtchad Presse
http://ialtchad.com/interview.htm
انتخابه ديمقراطيا ماردكم ؟
La situation politique actuelle au Tchad laisse à penser que l’on va vers une guerre civile menée par l’opposition contre le président Deby qui jouit du soutien de la communauté internationale, et qui a été élu démocratiquement ; qu’en pensez vous ?
Deby, en tant qu’âme damnée de Hisseine Habré et ensuite comme Chef d’Etat est la cause directe de dizaines de milliers de morts et de millions de réfugiés au Darfour. Le peuple tchadien épuisé par la dictature a eu un moment d’espoir car Deby devait partir, ayant épuisé la durée de ses mandats.
Il s’est alors livré à une manipulation honteuse de la constitution.
En outre il n’a pas été élu démocratiquement puisque plus de la moitié du territoire échappait à son contrôle et que toute la classe civile et politique a boycotté l’élection. Il s’est autoproclamé Président à vie, c’est pourquoi il n’a aucune légitimité et l’ensemble du peuple tchadien le rejette.
Transparency International classe le Tchad comme le pays le plus corrompu au monde, la misère, l’injustice, l’incompétence règnent partout. Je ne crois pas que la communauté internationale soutienne un individu aussi répugnant.
L’opinion internationale a déjà condamné Deby, il n’est nulle part chez lui, il n’a aucun ami et il ne se maintient que par une férocité épouvantable dont le peuple tchadien est la première victime.
Les jours de Deby au pouvoir sont comptés non seulement parce qu’il ne peut pas réduire la rébellion qui ne cesse de se renforcer mais surtout parce que tous les tchadiens sont en fait dans l’opposition. Nul ne peut se maintenir indéfiniment au pouvoir dans ces conditions.
تتهمكم الحكومة بانكم تتلقون دعما من الحكومة السودانية عسكريا وماديا وان المعارضة ضعيفة لا تستطيع محاربة نظام دبي ما صحة ذلك ؟
Tchad vous accuse de bénéficier du soutien militaire et logistique du gouvernement soudanais ; elle dit également que l’opposition est faible et n’est pas en mesure de faire face au régime ; dans quelle mesure cela est vrai ?
Mais Deby est arrivé au pouvoir grâce au soutien soudanais, il est assez piquant de voir qu’il se plaint qu’on lui fasse ce qu’il a fait aux autres !
En ce qui me concerne j’ai été maintenu 8 mois en prison au secret et dans des conditions très dures au Soudan. Je ne crois pas qu’on puisse dire que je suis, comme l’a été Deby, une créature des soudanais.
Toutefois je considère que le Tchad et le Soudan doivent obligatoirement s’entendre mais sur les bases du respect mutuel. Nous sommes liés par l’histoire, la langue et la culture et nous devons établir des relations de bon voisinage basées sur l’indépendance et le respect de l’autre.
Aujourd’hui Deby crée une énorme instabilité à L’Est pour se maintenir au pouvoir car il prospère sur la mort des autres. Inversement Khartoum croit, à tort, pouvoir imposer ses protégés à N’Djaména.
Cette situation est profondément malsaine et elle provoque par nature des conflits inextricables. Dés le départ de Deby, il conviendra de rétablir des relations saines et équilibrées entre le Soudan et le Tchad.
L’opposition responsable est consciente de toutes ces difficultés, aussi patiemment et fermement, elle met en place les instruments de réflexion, de coordination et d’action nécessaires.
Cela doit se faire dans la plus grande discrétion car, dans ce genre d’affaires, surprendre l’ennemi est un facteur important de réussite.
Certains aiment faire parler d’eux mais ils n’ont qu’une réalité de façade, avec l’ANR ( Alliance Nationale pour la Résistance ) du Tchad, nous préférons être efficace. Pour ceux qui l’auraient oublié, c’est l’opération « Printemps « qui a été la cause de la première offensive sur N’Djaména.
يتردد ان المعارضة منقسمة علي نفسها ولا تجد دعما من الشعب التشادي
ولذلك ليس في مقدرتها إسقاط النظام كيف تردون علي ذلك ؟
On parle des divisions au sein de l’opposition, qu’elle ne jouit pas de soutien du people tchadien, et qu’elle n’est pas en mesure de faire tomber le régime ; quelle réponse apportez vous à toutes ces accusations ?
Mais Deby a en main depuis des dizaines d’années tous les pouvoirs de l’Etat !
Il menace, torture, exécute les familles de tous ceux qui émettent la moindre critique. Il utilise l’argent du pétrole pour corrompre et mentir. Vous croyez que c’est facile pour l’opposition ?
Il faut être raisonnable et lui laisser le temps de s’organiser.
Par ailleurs une partie de ceux qui se disent des opposants ont été les meilleurs piliers du régime. Ils ne sont partis de la table où ils festoyaient grassement que parce qu’ils pensent que la fin de Deby est proche. Ceux la n’ont aucune considération pour le peuple tchadien, ils veulent simplement se mettre à la place de Deby et il est bien normal que le peuple s’en méfie.
Mais il existe aussi une opposition responsable et démocratique.
Depuis des années, avec l’ANR que je préside, nous avons rencontré et travaillé avec toutes les composantes de la société tchadienne. Ce travail sérieux et documenté à donné lieu à de nombreux dossiers et notamment à la charte de transition démocratique qui a circulé largement et qui sert de base à toutes les discussions sur l’après Deby.
Alors vous vous demandez si l’opposition est en mesure de renverser Deby mais je vous rappelle qu’il y a peu de temps, mon ami Mahamat Issa, à la tête de 300 hommes à peine, est rentré à N’Djaména et qu’il l’aurait sans doute prise s’il avait reçu l’aide qu’il escomptait de Mahamat Nour.
Faire la guerre c’est, hélas, trop facile mais, dans l’intérêt supérieur du pays, il faut être responsable et éviter au maximum de verser le sang tchadien.
Je pourrais demander à nos troupes de combattre et ce serait le début d’une affreuse guerre civile.
Aussi avec mes amis de l’opposition, nous préférons attendre que la gangrène qui détruit le régime achève son œuvre chez Deby.
Pour le reste nous sommes assez proche de Mao Tsé Toung lorsqu’il disait « Lorsque l’ennemi avance, nous reculons, lorsque l’ennemi recule nous avançons, lorsque l’ennemi s’arrête, nous le harcelons «.
Notre tactique porte ses fruits, Deby n’en a plus pour longtemps car le peuple tout entier nous soutient. Nous sommes responsables de l’immense espoir qui se lève et nous ferons de notre mieux pour en être digne.
تأثير العمل المسلح في تشاد ودارفور القي بظلاله في الإقليم وأصبح شبح التدخل الدولي واردا سواء لحل مشكلة دارفور او لحماية الحدود التشادية من انتقال العمل العسكري إلي داخل البلاد كيف تنظرون لتدخل المجتمع الدولي خاصة ان الرئيس دبي يرحب بذلك ؟
Devant l’effet désastreux des combats dans la région, le spectre d’une intervention internationale est devenue fort probable soit pour mettre un terme à la crise du Darfour ou pour protéger les frontières tchadiennes et faire en sorte que le conflit ne se déplace à l’intérieur de ce pays ; quelle est votre position sur une intervention internationale, notamment le président Deby y est favorable ?
Deby a profondément peur de la situation à l’Est du Tchad c’est pourquoi il souhaite la présence d’une force internationale car il espère que cela contrariera les efforts des rebelles. C’est d’ailleurs une réponse à votre question précédente, si l’opposition
ne représentait pas une menace pour lui, Deby éviterait soigneusement toute ingérence sur son sol.
Ceci posé la situation sur place est effroyablement compliquée et dangereuse.
La présence d’une force internationale sur place ne se justifie que si son mandat est clairement défini et accepté par toutes les parties qui comptent, y compris l’opposition tchadienne et les différentes autorités traditionnelles.
Faute d’une réflexion suffisante et des moyens adéquats, sans l’accord de ceux qui sont les acteurs où les victimes de la situation actuelle, l’envoi d’une force internationale ne résoudra rien. Je prédis même qu’elle s’embourbera dans une situation sans issue et sans espoir de solution.
J’avais, il y a deux ans, soumis aux plus hautes instances de l’ONU un plan de paix.
Il a sans doute été égaré dans les vastes couloirs de l’Assemblée.
Je suis tout à fait prêt à le compléter et à le soumettre à nouveau aux Autorités compétentes, enfin si on me le… demande !
تتهمون فرنسا بأنها تتدخل لصالح دبي ضد المعارضة ما هو دليلكم علي هذه الاتهامات ومعروف إن المعارضة لديها علاقات كذلك مع باريس وهل تتطلبون أن تتوسط لكم مع النظام ؟
Vous accusez la France d’intervenir dans le conflit aux cotés du président Deby, quelles sont vos preuves ; est-ce que vous demandez que Paris mène une médiation entre vous et le régime ?
Je ne pense pas que la France soutient Deby à fond, même si je trouve choquant que M. de Villepin lui ait récemment rendu visite. Est-ce que le Premier Ministre Français ne sait pas que son vis à vis est coupable de crimes contre l’humanité ?
En tout cas l’ANR travaille en ce moment à faire inculper Deby.
Ce dont la France a peur c’est la somalisation du Tchad, c’est à dire l’éclatement du pays entre des bandes rivales. Il faut donc que l’opposition sache rapidement montrer qu’elle représente une alternative crédible au tyran.
Il faut par tous les moyens éviter que la guerre continue au Tchad dans l’intérêt du pays mais aussi pour assurer la paix en Afrique centrale.
C’est pourquoi la France serait bien inspirée d’aider à organiser la Conférence Nationale que l’ANR demande avec insistance et qui doit regrouper toutes les forces vives du Tchad sans aucune exclusive. Que Deby y participe pourquoi pas, mais les différentes composantes de cette Conférence devront être traitée sur un pied d’égalité.
Deby n’est pas un Chef d’Etat, c’est un chef de gang qui accueille dans son gouvernement des maffieux et des gens recherchés par le TPI, et il n’y pas de considération particulière à lui porter.
الي اين تتجه الأوضاع حاليا خاصة بعد ان توصل القائد محمد نور الي اتفاق مع الحكومة بوساطة ليبية وهل يمكن ان تحذو القوي الاخري ذات المنحي قريبا وما هي اجندتكم التي تريدون فرضها في اي لقاء يجمعكم مع دبي ؟
Dans quelle direction évolue maintenant la situation, surtout le chef rebelle Mahamat Nour a conclu un accord, sous la houlette libyenne, avec le gouvernement tchadien ; est il possible que vous franchissiez le pas dans la même direction ; quelle sont les revendications que vous allez mettre sur la table des négociations avec Deby.
Mahamat Nour a conclu un accord à titre personnel, il ne représente que lui et la triste trajectoire d’un petit aventurier brutal et stupide.
Tous les éléments de l’ANR qui ont été abusé par cet opportuniste doivent garder leur calme et regagner leurs bases et ils seront bientôt amenés à agir dans l’intérêt du pays.
Car l’ANR et l’opposition démocratique ne recherchent pas des avantages personnels mais le bien du Tchad. Or l’intérêt du Tchad nécessite obligatoirement le départ de Deby qui a assassiné et volé impunément depuis trop longtemps.
Encore une fois il ne convient pas de faire couler du sang tchadien si on peut l’éviter. C’est pourquoi nous sommes prêts à négocier le départ de Deby mais c’est tout, et encore doit il partir dans des conditions raisonnables et acceptables.
تقول الحكومة في تشاد ان الكثير من معارضيها فاسدون وعملاء لدول اجنبية وليست لديهم قضية وانها لن تتحاور الا مع القوي السياسية في الداخل ما ردكم ؟
Le gouvernement tchadienne prétend que beaucoup de ses opposants sont corrompus et les accuse d’être des agents des pays étrangers ; de ce fait il se dit uniquement favorable au dialogue avec l’opposition politique à l’intérieur du pays ; quelle est votre réponse ?
En matière de corruption Deby et ses sbires sont des experts redoutés et reconnus, même le trafic de fausse monnaie et de drogue ne les effraient pas.
Les accusations qu’ils lancent n’ont aucune valeur, cet homme et ses valets sont un véritable défi à la morale et à la dignité humaine.
Deby a détruit toute opposition intérieure, que veut il donc quand il dit qu’il veut converser avec l’opposition, se parler à lui même ?
Toutes ces divagations sont de la poudre aux yeux sans aucun intérêt.
ما هي القضايا الخلافية بين أقسام المعارضة التي تعتبر انها أكثر من الشعب التشادي ؟
Quelles sont les questions qui divisent les forces d’une opposition considérée plus nombreuse que le peuple tchadien ?
Le problème est qu’une partie de ceux qui se disent opposants à Deby ne sont que des opportunistes. Ils ont tous occupé de hautes fonctions sous Deby et ils veulent tous être khalife à la place du khalife. Ce sont eux qui sont divisés car ils se disputent les places entre eux. Ayant largement bénéficié des largesses de leur maître puis l’ayant trahi au moment choisi par eux, ils ont pu accumuler armes et richesses et font momentanément parler d’eux.
Cette opposition là est totalement discréditée aux yeux du peuple tchadien et elle n’a aucun avenir.
Beaucoup plus discrète mais beaucoup plus déterminée, l’opposition responsable et démocratique s’organise.
Elle bénéficie de beaucoup de soutiens. Par exemple c’est une mobilisation populaire sans précédent et le soutien de nombreux responsables politiques, notamment français, qui a obtenu ma libération.
Cette opposition là n’est pas divisée sur les principes, elle veut imposer l’état de droit au Tchad, la paix civile et le respect des biens et des personnes. Vous pouvez lire l’ébauche d’un programme de transition démocratique et de bonne gouvernance sur le site de l’ANR.
Dans cette opposition responsable et démocratique il existe beaucoup de sens des responsabilité et un fort sentiment de fraternité, vous savez, à la fin, ce sont toujours les valeurs morales qui finissent par l’emporter parce que,heureusement, les gens se battent mieux quand ils croient à un idéal.
بعد الهزيمة التي تلقتها بعض المتمردين في شرق تشاد هل يمكن الحديث عن مفاوضات بين الحكومة والمعارضة في وقت قريب ؟
A l’issue de la défaite militaire infligée à l’Est du Tchad à une partie de l’opposition, croyez-vous que l’on peut parler des pourparlers entre le gouvernement et l’opposition dans un avenir proche ?
Je ne vois pas de quelle défaite vous parlez et j’ai plutôt l’impression que Deby est totalement incapable de mettre fin à la rébellion. Quand le pouvoir central ne peut pas mettre un terme à l’opposition armée, l’histoire montre que sa fin est inéluctable car le temps joue toujours contre lui.
Deby a de moins en moins de soutien, c’est un mort en sursis.
A part négocier son départ pour éviter des morts inutiles, il n’y a rien a discuter avec lui. De plus l’homme est atteint de folie sanguinaire, tous ses proches vous le diront, on ne peut pas négocier avec lui de bonne foi, il ne comprend que la force.
A l’opposition donc de se mettre dans une telle position.
ما هي العلاقة بين المعارضة التشادية وفصائل الحركات المسلحة في دارفور وما صحة ان كلا المعارضتين تعملان لصالح الدول التي تدعمها بمعني ان المعارضتين تقومان حربا بالوكالة ؟
Quelle est la relation entre l’opposition tchadienne et les différentes factions des rebelles au Darfour, y-t-il une part de vérité dans cette accusation que les deux oppositions sous-traitent une guerre entre les deux pays ?
Malheureusement et depuis longtemps toutes les parties prenantes au Darfour et à l’Est du Tchad ont tenté d’instrumentaliser les uns et les autres pour qu’ils accomplissent les sales besognes à leur place. Tout cela aboutit toujours aux pires catastrophes comme on le voit, hélas.
Par ailleurs cela ne marche jamais comme on les cyniques l’avaient prévu.
Un bien triste exemple en est donné par Mahamat Nour, l’homme des reniements successifs. Chef des épouvantables jandjawids, Nour a fait illusion en se présentant comme le soi disant principal adversaire de Deby qu’il vient honteusement de rallier aujourd’hui.
Cela montre bien qu’il n’y a rien de bon à soutenir des gens sans honneur et sans idéal.
Il existe aujourd’hui une situation catastrophique à l’Est du Tchad et au Darfour.
La solution exigera du temps, énormément de savoir faire et de gros moyens.
Comme le disait Einstein « on ne peut pas régler un problème avec ceux qui l’ont créé ». Par conséquent le départ de Deby est une condition préalable à toute tentative de solution.
ما هو مستقبل المنطقة في ظل الأوضاع المتردية في تشاد ودارفور والضحايا الذين أصبحوا في ارتفاع متزايد ؟
Avec la détérioration de la situation au Tchad et au Darfour et le nombre croissant des victimes, quelle est d’après vous l’avenir de la région ?
L’avenir de la région est extrêmement sombre mais essayons de prendre un peu de recul. Tout le monde a une part de responsabilité dans ce drame effroyable et il faut que chacun fasse des efforts.
Je ne peux m’engager que pour le Tchad mais il s’agit d’une des composantes essentielles du problème.
Depuis des années, Deby, sciemment, a armé ses partisans qui ont volé et tué les autres tribus qui n’ont eu d’autre solution que de franchir la frontière du Darfour.
Petit à petit les cycles des exactions et des vengeances ont créé un gigantesque chaudron de sorcières qui n’en finit pas d’exhaler ses miasmes putrides.
Dés que nous aurons mis Deby dehors, la situation à l’Est du Soudan sera l’un des chantiers prioritaires du nouveau pouvoir.
Avec le Soudan, l’aide des populations sur place et aussi le soutien de la communauté internationale, nous devrons tous nous efforcer de rétablir d’abord la paix, puis un minimum de développement et de justice.
C’est un immense effort qui sera demandé car le Darfour et l’Est du Tchad sont en passe de représenter la pire catastrophe humanitaire du 21eme siècle.
Le pire n’est pas toujours sur. Si les différents pays riverains font preuve de bon sens, de coopération et de volonté, peut être pourra t’on mettre fin à tous ces drames, à toutes ces horreurs.
Ce qui se joue la, c’est la paix de la région,mais c’est aussi une certaine idée de la dignité de l’homme qu’il faut défendre. Souvent, dans les pires moments, l’histoire apporte une solution inattendue.
Je crois que tous les responsables politiques agiront sinon ils seront tous emportés dans la tourmente. A côté de ce réalisme de base, rien ne dit que nous ne verrons pas se lever des hommes nouveaux qui sauront mêler générosité, détermination et sens des réalités.
Gardons espoir, il n’y a pas de force plus grande face au malheur que l’espérance qui nous donne le courage d’agir.
Les Tchadiens ont appris à connaitre Monsieur Félix
Ngoussou grâce aux sites internets, notamment tchadforum.com et africatime.com
qui mettent les pouvoirs africains dans tous les états.
Originaire du Moyen-Chari, dans le Sud du Tchad, M. Ngoussou écrit beaucoup
avec un langage très dur et une analyse très pertinente de la
situation politique du Tchad. Installé aux Etats-Unis depuis bientôt
6 ans après le Niger et le Sénégal, M. Ngoussou semble
être un opposant à l’injustice et non seulement à
Idriss Deby Itno. Il tire dans ses écrits sur le comportement de l’opposition
aussi bien que sur celui des dirigeants du Tchad actuel quand le peuple est
trompé.
Dans cet entretien , il livre son analyse de politique au Tchad avec une interpellation
présente en direction des forces politiques de l’opposition.
Jean Claude Fabien (JCF) : M. Félix Ngoussou. Vous suivez avec attention la situation politique dans votre pays depuis les Etats-Unis.Comment jugez-vous la décénnie du Président Idriss Deby Itno?
Félix Ngoussou: Merci pour m’avoir donné l’occasion
de parler du Tchad . En 1990, le Président Idriss Deby avait donné
le sentiment qu’il était porteur d’un projet de paix aux
tchadiens.Il a dévoloppé avec ses amis des slogans de la paix
au point que beaucoup d’opposants et leaders sérieux lui ont laissé
le champ libre. Mais peu après la conférence nationale qu’il
était forcé à accepter, son ballon des promesses et la
déception sont revenus à une allure vertigineuse. Au lieu de jeter
les ponts vers les parties politiques et des personnalités nationales
de l’opposition, il a préféré la centralisation des
pouvoirs ignorant la confiance que les tchadiens avaient placé en lui
. Aujourd’hui , on constate que le président Idriss Deby a adopté
le discours de la force éliminant un après l’autre les hommes
qui l’ont améné au pouvoir. Un pouvoir ne pouvait jamais
rêver mieux . Le resultat, vous assistez avec nous d’une défection
à une autre des membres de son armée et son entourage le plus
proche..
JCF: Croyez-vous que le Président Idriss Deby Itno acceptera le Forum National que l’opposition démocratique et les politco-militaires lui demandent?
Félix Ngoussou: C’est une option à moindre coût et sans pertes humaines ni matérielles. L’opposition démocratique et les politico-militaires connaissent que le plus grave n’est pas de commettre une faute, mais de persister dans cette logique qui coûte chaque jour des vies humaines. Le Président Idriss Deby que nous connaissons bien, s’il lui arrive d’accepter le forum pacifiquement, il voudra qu’on lui assure préalablement d’avoir les resultats qu’il desire: pas une solution qui entrainera sa chute. Il avait fait cela avec la Conférence Nationale mais la repetition serait un cauchémar pour les tchadiens pourquoi son bateau prend l’eau de partout aujourd’hui.
JCF: Y-at-il une solution selon vous?
Félix Ngoussou: Comprenez qu’il éxiste
un consensus chez les tchadiens aujourd’hui sur la nécessité
de trouver une solution alternative au régime du Président Deby
et la situation en vigueur. Le verrouillage de la scène politique par
un petit groupe d’hommes et les entraves que ce groupe met devant l’action
politique justifie les nombreuses sources de tension que nous voyons.
Le Forum National est une nécessité impérieuse pour rendre
l’espoir aux tchadiens.
Le Tchad n’est pas un Etat fondé sur la transmission héréditaire
du pouvoir pour qu’un seul groupe puisse continuer à croire à
cela. Le peuple tchadien est prêt pour la démocratie et cela commencera
bientôt quand le compteur sera rémis à zero avec une élection
saine.
JCF: Dans vos écrits que nous lisons souvent, vous vous s’ inscrivez en faux contre l’idée que les spécifités réligieuses et culturelles sont des freins à l’avancement de la démocratie au Tchad?
Felix Ngoussou: Avancer cet argument pour s’opposer à la marche de la démocratie est une tentative vaine dont usent ceux qui ne respectent pas les tchadiens , leurs genies et leurs aspirations.Que diront-ils de l’Afrique du Sud?
JCF: Vos sorties gênent et suscitent la colère de beaucoup de chefs de partis politiques et des chefs politico-militaires; vous l’a-t-on signifié?
Félix Ngoussou: La colère de certains hommes contre mes écrits fait partie de la pratique en vigueur au Tchad qui consiste à essayer de fermer les espaces médiatiques aux opinions différentes . Pour ma part, j’exprime mes opinions en toute objectivité sans accorder la moindre importance à des critiques aux colorations politiques ou regionalismes.Je me mets du côté de ceux qu’il faut defendre et non de ceux qu’il faut plaire.
JCF: Que dites-vous de la guerre de Palais qui se deroule au Tchad en ce moment?
Félix Ngoussou: C’est une bonne guerre quand bien même elle a commencé tard. Elle aurait plus d’éffet si ce groupe nous avait rejoint au moment du referendum dernier. Toute fois, pour garder la dynamique de l’opposition contre Idriss Deby, toute defection de l’armée est salutaire. Mais comme vous le constatez par le mot “palais” bien utilisé dans votre question , la déception d’un membre du palais n’est pas comparable à celle d’un citoyen Lamda parceque les degrés de la peine subie et sa longueur sur le temps et dans l’espace sont différents d’un homme à l’autre , d’une opposition à l’autre au même régime.
JCF: Un mot aux tchadiens?
Félix Ngoussou: Je salue au nom de tchadforum.com ceux qui vivent au Tchad, dans les maquis , en éxil, en prison pour avoir osé dire non à la méthode de la gestion du Pays et qui continuent à se battre pour le changement démocratique, la reconciliation et la construction du Tchad de demain. Surtout ceux qui mènent ce combat malgré tant de risques, encourus à chaque instant, pour leur intégrité physique et dans les necessités de leur vie quotidienne. Qu’ils sachent que le Tchad est un pays d’espoir et que les tchadiens dans le grand silence sont de Coeur avec eux.
Je vous remercie.