Dans cette section nous publierons tous les articles qui nous paraissent tout simplement intéressants, susceptibles de contribuer à la prise de conscience de nos compatriotes en particulier et les Africains en général. Ainsi, en consacrant cette rubique à cette fin, nous entendons apporter notre modeste contribution permettant à tous ceux qui sont épris de paix et de justice de mieux comprendre leur vecu quotidien afin de mener perspicacement le combat qui s'impose pour libérer notre peuple du joug colonial et de la dictature.
(09/02/2008)Mais quel génie, ce général Déby ! On le croyait à terre, complètement fini, le voilà ressuscité et plus vindicatif que jamais. D’un point de vue militaire, en tout cas, il a plutôt bien manœuvré pour sauver sa peau… et son régime. Tant mieux pour lui, serait-on tenté de dire, sans aucune malice !
Mais alors le peuple tchadien ? Qui donc sauvera ce peuple, si bafoué par les chefs de guerres et de clans qui se disputent le pouvoir à Ndjamena ? Face à la détresse des quelque 10 millions de Tchadiens, le sort personnel du président Déby importe peu. Il compte d’autant moins, aux yeux des Africains, que sa présence au pouvoir depuis plus de dix-sept ans ne s’est traduite ni par un mieux-être pour les populations, ni par des progrès notables pour l’Etat de droit et la démocratie. Dans ces conditions, inutile d’espérer des Tchadiens qu’ils célèbrent sa victoire sur les rebelles. Ils n’applaudiront pas ! Et très peu de gens, en Afrique, auraient versé des larmes sur le sort du général Déby, si son régime avait été renversé. Car cette guerre n’est pas celle du peuple tchadien, mais une lutte de clans et parfois au sein d’un même clan, pour le contrôle d’une manne pétrolière prioritairement affectée à l’équipement militaire et au confort matériel de quelques-uns, plutôt qu’au développement du Tchad et au bien-être de ce peuple qui souffre tant, qui souffre trop.
A ceux qui ont volé au secours d’Idriss Déby, on a envie de dire que s’ils veulent garder un minimum de crédibilité aux yeux des Africains, ils feraient mieux de convaincre le miraculé de Ndjamena de respecter un peu son peuple et de travailler enfin au développement de son pays. Pour justifier son soutien à Idriss Déby, Paris a beaucoup insisté sur sa légitimité et sur la légalité de son régime. On a même entendu parler de « président régulièrement élu ». Si l’objectif est de persuader l’opinion de la respectabilité de ce régime, alors, la cause est perdue d’avance. Car aucun des scrutins tenus au Tchad depuis 1990 ne ressemble à une élection régulière.
Evidemment, on entend aussi des voix qui font observer que le choix entre Idriss Déby et les rebelles revient à demander aux Tchadiens de choisir entre la peste et le choléra. On peut les comprendre. Mais en même temps, en demeurant dans cette métaphore, comment reprocher à des gens qui ont vécu dix-sept ans de peste, l’envie d’essayer un peu le choléra, ne serait-ce que pour changer de malheur ?
par Jean-Baptiste Placca - RFI
(19/01/2008)Le mois dernier, une émission d'information de Radio-Canada concernant l'Afrique n'aura servi qu'à perpétuer un misérabilisme qui ne tient aucunement compte des réalités quotidiennes de ce continent. En tant que coopérant, j'aimerais ici soulever des aspects importants de la problématique du développement en Afrique, soit la perpétuation de la dictature sous des déguisement, disons, démocratiques...
Malgré des élans de démocratie en Afrique, il faut vivre sur ce continent pour s'apercevoir que la dictature est toujours bel et bien existante ici. La vie de tous les jours nous démontre en effet les effets de ces dictatures jusque dans les ramifications du quotidien.
Le fonctionnement de la dictature
Beaucoup de gens croient qu'un régime dictatorial se résume à un parti unique avec un appareil gouvernemental tout orienté vers les besoins de ce parti unique, avec une armée toute soumise au parti et prête à intimider toute opposition ou force de rébellion. La dictature en Afrique est beaucoup plus que cela. Elle se déploit jusque dans les activités économiques de tous les jours.
C'est ainsi que des membres influents du parti régnant d'un pays africain deviennent président, directeur commercial, ou directeur technique des sociétés d'Etat comme dans le domaine de la téléphonie, de la télécommunications, sans oublier des postes influents aux douanes ou aux ports, là où la corruption enrichit de façon exponentielle ces gens avec les droits de douane. Il devient alors extrêmement difficile pour ces gens de quitter volontairement un appareil politique qui les sert grassement.
L'argent détourné
Il faut aussi noter cette mentalité de dictature à travers la corruption fiscale qui mine toute tentative de constituer un véritable trésor public. L'argent qui devrait normalement être destiné à la construction et entretien des routes et des rues, à la construction d'école et de clinique médicale est trop souvent détourné vers les poches des membres influents du parti. Une amie togolaise me racontait que pour favoriser son ascension professionnelle dans la fonction publique, elle serait sollicitée pour faire partie du parti régnant. Ainsi la dictature en Afrique a des racines profondes qui conditionne toute la vie quotidienne.
Dans cette perspective, il est évident que les nouvelles exigences démocratiques des pays développés face à l'Afrique impliquent alors que la dictature veut se légitimer avec des élections qui ne peuvent être que bidon. En effet, les membres du parti régnant ne laisseront jamais un pouvoir politique qui leur garantit tous ces postes de commande de sociétés d'État et autres monopoles étatiques et par lesquels ils s'enrichissent de façon exponentielle. Il devient ainsi extrêmement difficile d'entrevoir tout changement salutaire, d'autant que ces régimes légitimés par des élections bidons sont accrédités par des pays comme la France qui est toujours une des premières à reconnaître ces régimes bidons.
L'obstacle majeur au développement
Une lettre au Devoir a récemment soulevé le problème de la militarisation de l'Afrique comme étant un frein au développement. Il existe certes une relation entre la militarisation d'un pays sous-développé africain et l'impact de celle-ci sur son niveau de vie.
Prenons un exemple démontrant cela. Si le Québec avec ses 7 millions d'habitants devait financer une force militaire comme celle du Togo avec ses 4,5 millions d'habitants, le niveau de vie au Québec en serait grandement affecté. Alors, imaginons cet impact militaire sur un pays pauvre comme le Togo... Les pays ouest-africains investissent plus dans le militaire que dans la santé ou l'éducation. Ceci est le désolant héritage de la France en Afrique. Oui, un héritage de quincaillerie militaire et de dictatures légitimées par des élections bidons comme au Gabon, Togo, Tchad, Burkina, etc.
La France a osé parler de l'aspect dit "positif" de la colonisation. Il en faut tout un culot pour parler ainsi! Il est évident que la France se terre derrière le principe d'une coopération dite "militaire" pour justifier ses menées peu honorables et la défense de ses seuls intérêts à tout prix. Or cette coopération militaire appauvrit l'Afrique et enrichit la France. On pourrait même penser que le niveau de vie des Français dépend de l'exploitation honteuse des pays africains. Voilà pour le malheureux héritage de la France en Afrique.
Ce sont donc des réalités que la Société Radio-Canada pourraient tenir compte dans ces futurs reportages en provenance d'Afrique... Marc Gothrich / Coopérant canadien au Togo / cyberpresse.ca
LIBREVILLE, 18 janvier (Infosplusgabon) - L’ancien président de la Côte d’Ivoire, Félix Houphouët-Boigny, inventa l’expression France-Afrique en 1955 pour définir les bonnes relations qu’il voulait établir avec la France. L’expression dérivée « Françafrique » a ensuite été forgée par François-Xavier Verschave.
L’auteur décrit alors la Françafrique comme « une nébuleuse d’acteurs économiques, politiques et militaires, en France et en Afrique, organisée en réseaux et lobbies, et polarisé sur l’accaparement de deux rentes : les matières premières et l’Aide publique au développement. La logique de cette ponction est d’interdire l’initiative hors du cercle des initiés. Le système autodégradant se recycle dans la criminalisation. Il est naturellement hostile à la démocratie ».
Il fait alors remonter les origines de cette nébuleuse à 1960 lorsque De Gaulle accorde l’indépendance aux colonies d’Afrique Noire et crée les "réseaux Foccart".
La mise en place de ce système aurait eu plusieurs types de motivations : Assurer la place de l’État français au niveau international, grâce à une « sphère d’influence » en Afrique francophone garantissant un nombre important de votes à l’ONU. Un accès privilégié aux matières premières stratégiques, fort nombreuses dans la région, soit l’« exploitation des rentes ».
La corruption et le détournement de l’aide publique au développement au profit d’intermédiaires divers, d’hommes politiques français et africains, et des grands partis politiques français, avec son corollaire : les trafics délictueux ou criminels.
Le rôle de l’État français durant la Guerre froide, sous-traitant des États-Unis en Afrique. La défense de la Francophonie, allant de pair avec une volonté de contrer l’hégémonie grandissante de la culture anglo-saxonne dans le monde. La poursuite de la « grande politique arabe » de l’État français. Le corporatisme et la défense mutuelle d’intérêts au sein des réseaux.
Méthodes de la françafrique
Selon la thèse de Verschave, une grande majorité de présidents et dictateurs africains des anciennes colonies françaises ont été mis en place, soutenus et protégés par l’État français. Il cite ainsi Omar Bongo (Gabon), Gnassingbé Eyadéma (Togo), Paul Biya (Cameroun), Denis Sassou-Nguesso (Congo), Blaise Compaoré (Burkina Faso), ou Idriss Déby (Tchad).
Parmi les méthodes employées on note :
L’inaction face à des guerres reposant sur des schémas ethniques, comme l’extermination des Tutsi au Rwanda voire leur encouragement.
Chaque chapitre du livre mentionne ces accords secrets, ces "coups tordus", ces manipulations fomentés par plusieurs personnes proches des milieux mafieux, FN, franc-maçons, contre la démocratie et les opposants politiques de plusieurs pays d’Afrique. Le livre regorge d’exemples historiques, avec à chaque fois des références aux sources.
D’après François-Xavier Verschave, la Françafrique se caractérise par de nombreux réseaux d’influence aux motivations variées.
Le principal d’entre eux serait le réseau Foccart, du nom de l’instigateur de ce système, responsable de la cellule Afrique de l’Élysée sous De Gaulle, et acteur de premier plan dans les relations franco-africaines jusqu’à sa mort en 1997. Son influence aurait reculé au cours des années 1980, au profit des réseaux néo-gaullistes de Charles Pasqua et des réseaux mitterrandiens. Jacques Chirac serait l’héritier de ce réseau.
Dans les pays d’Afrique francophone nouvellement indépendants, au début des années 1960, Jacques Foccart aurait œuvré à la mise en place de dirigeants "amis". Les mouvements démocratiques échappant à la sphère d’influence de l’État français auraient été systématiquement combattus par des moyens économiques, diplomatiques et militaires, y compris par l’encouragement de guerres, assassinats et fraudes électorales.
Le maintien du système françafricain permettrait à certaines entreprises de continuer à assurer une domination économique en Afrique francophone, bien que remise en cause actuellement par de nouveaux acteurs (États-Unis, Chine).
L’exemple le plus significatif est celui de l’entreprise pétrolière Elf, qui aurait « fait » la politique de l’État français au Gabon, au Cameroun, au Nigeria au Congo-Brazzaville et en Angola, et aurait même été responsable de l’éclatement ou de la poursuite de guerres civiles dans ces trois derniers pays.
En position de monopole dans certains secteurs de certains pays, Bouygues (services publics) et Bolloré (transports, logistique) sont également montrés du doigt. La position hégémonique de ces entreprises, accusées en outre de bénéficier d’une partie de l’aide publique au développement (APD), s’expliquerait par la collusion avec une partie des dirigeants.
Selon ses détracteurs, la présence militaire française est indissociable du système françafricain, à travers les accords de défense et de coopération militaire.
Ceux-ci permettent à la France de conserver un poids prépondérant, par l’encadrement par des officiers français l’encadrement de troupes nationales africaines ou des interventions armées en cas de menaces externes ou internes. Les bases militaires françaises constituent donc des piliers de la Françafrique dans des pays comme le Sénégal, le Gabon, le Tchad ou la Côte d’Ivoire.
Les services secrets (DGSE, DST) sont également désignés comme un élément important de ces réseaux, de par leur collaboration intense avec les services de plusieurs pays africains, pas nécessairement francophones (Angola ou Soudan par exemple).
L’accusation la plus grave porte néanmoins sur l’utilisation de groupes mercenaires, lorsque les services secrets ou les réseaux politico-affairistes, ne veulent pas agir au grand jour. Cette pratique aurait été particulièrement courante sous l’égide de Jacques Foccart.
L’État français est donc accusé par Verschave d’avoir rétribué des mercenaires (comme Bob Denard), ou des sociétés spécialisées dans ce type de services (dont celle de Paul Barril), lors de guerres civiles ou de coups d’État. Infosplusgabon
Tout a été déjà dit sur le régime politico-militaire au pouvoir au Tchad. On n’y a retenu absolument rien de positif. Un régime politique initialement révolutionnaire devenu autoritaire, puis clanique et enfin autocratique. Un régime totalitaire, réfractaire à toute réforme politique. Un régime entretenu et soutenu par une poignée de personnes à moralité douteuse, rompues dans l’art de la prostitution politique, corrompues jusqu’à la moelle. Un régime politique vénal, qui des projets de développements n’en maîtrise que les affreuses techniques de détournements de fonds publics. Un régime qui clochardise ses hauts fonctionnaires, pratique le népotisme sans discernement, rétribue généreusement les repris de justice et responsabilise publiquement les ripoux. Un régime politique qui ne connaît ni autorité judiciaire ni pouvoir législatif. Un régime politique qui, pour le maintien au pouvoir d’un lobby mafieux contesté, n’hésite pas à se servir des jeunes vies innocentes comme rempart. Un régime politique taillé aux dimensions d’un homme qui du pouvoir et de la gestion de la cité a une conception singulièrement néfaste.
Vous doutez certainement de ce que je sois incapable de dresser une typologie exhaustive des tares du régime politico-militaire au pouvoir à N’Djamena. Rassurez-vous, il ne s’agit plus seulement de stigmatiser et d’attendre un hypothétique changement de comportement de la part du chef de l’Etat et de ses adjudants. Sachez-le, Idriss Déby ne changera pas, sinon en pire. Ses adjudants l’encouragent à rester comme il est, quitte à voir périr tous les Tchadiens dans les combats fratricides. Chaque jour qui passe, des innocents meurent dans des guerres sciemment orchestrées pour permettre à certains parvenus de piller les maigres richesses du pays. Paradoxe d’un régime politique complètement avili, certains ministres et hauts fonctionnaires sont immensément riches alors que l’Etat est incapable de faire soigner au pays ses soldats blessés aux combats. Pour ne prendre que cet exemple, malgré les milliers de milliards de recettes pétrolières de ces dernières années, il n’y a pas encore un véritable hôpital au Tchad où l’on peut soigner de simples blessures physiques. Et il n’y en aura pas aussi longtemps que les Tchadiens se laisseront abuser par des discours effrayants sur la rébellion et les prévisions des Cassandres sur l’après-Déby.
Non ! Sérieusement, il n’est pas besoin d’être devin pour dire qu’à l’avenir personne ne fera pire que ce que font aujourd’hui Idriss Déby et ses faucons. Lui cherche absolument à conserver son pouvoir. Pour cela, il n’hésite pas à s’approprier l’argent du pays pour acheter des armes sophistiquées quitte à les faire manipuler par d’innocents enfants. Conséquemment, ses faucons trouvent dans la guerre un moyen de transvaser le contenu des caisses de l’Etat vers leurs caisses personnelles illicitement constituées. Ils s’enrichissent du sang des Tchadiens. Font tout pour décourager les initiatives de paix et de réconciliation parce que celles-ci menacent leurs intérêts. Le Tchad est devenu une véritable vache à lait pour cette poignée d’individus aussi vils que méchants. Refuser de voir cette réalité, c’est donner quitus aux aigrefins qui se moquent éperdument de la situation sociale de notre pays.
Á mon sens, si l’on souhaite que le Tchad rompe définitivement avec l’injustice et renoue avec la légalité, il est désormais plus que jamais urgent de se débarrasser aussi vite que possible de ce régime gangrené. Nous devons dépasser nos préjugés, surtout ceux qui nous ont été subtilement distillés par des individus ayant manifestement intérêt à ce que perdure le désordre dans notre pays. Tout comme on nous a toujours dit que le pouvoir ne doit plus repartir dans le « Sud des Kouffars », on nous dit aujourd’hui que les Erdimi ont suffisamment pillé le pays et qu’il importe de les empêcher de chercher à renverser Déby afin de conserver le pouvoir au sein de la communauté zaghawa. On nous fait également croire qu’il faudra empêcher Mahamat Nouri de combattre le régime parce que sinon les Goranes reviendront au pouvoir. Mais jusqu’à preuve du contraire, personne n’est capable de dire exactement ce que les Sara (terme générique), les Goranes ou encore les Zaghawa ont fait de particulièrement atroce aux Tchadiens. Surtout, ces manipulateurs ne sont pas capables de nous dire exactement ce que le régime de Déby (dont ils profitent personnellement) à apporter de positif aux populations tchadiennes.
Il est important d’être conscient du fait que ni les Sara ni les Goranes, moins encore les Zaghawa n’ont exclusivement contrôlé le pouvoir qu’un des membres de leur communauté a eu à exercer. La manipulation qui consiste à indexer une communauté en particulier afin de se disculper alors même que l’on a soi-même activement participé aux forfaitures d’un pouvoir vénal et répressif n’est plus acceptable. Ceux qui gravitent tout autour du pouvoir d’Idriss Déby ne sont pas tous des Zaghawa. Mais ils profitent de la propension des Tchadiens à raisonner ethniquement pour minorer leur part de responsabilité dans la gestion chaotique du pouvoir. Aussi, afin que demain ceux qui gravitent aujourd'hui autour du chef de l'Etat ne cherchent-ils pas à faire endosser leurs propres responsabilités par les seuls Zaghawa sous prétexte que Déby était un Zaghawa au pouvoir, il est plus qu’urgent de réorienter désormais nos critiques. La manipulation des faucons ne doit plus passer !
Lyadish Ahmed
http://lyadish.over-blog.com/article-14669323.html
Dans l'affaire de l'Arche de Zoé, la secrétaire d'Etat chargée des droits de l'homme, Rama Yade, affirmait avoir alerté son homologue de la justice sur l'opération illégale de l'ONG française. La lettre du Continent (Africa intelligence) s'est procuré la précieuse missive adressée le 1er août 2007 par Brigitte Collet, dircab de Rama Yade, à son homologue de la justice, Patrick Gérard, dircab de Rachida Dati. Le document et les explications de la Lettre du continent:
« Il y est écrit: "Je souhaite vous alerter sur l'annonce du transfert vers le territoire français de 250 à 1 000 enfants de moins de cinq ans rapatriés de la zone du Darfour (Soudan) et proposés à l'adoption ou l'accueil à des familles françaises, par l'association loi de 1901 "L'Arche de Zoé" qui présente l'opération comme imminente. Cette opération, si elle venait à être réalisée, se déroulerait en toute illégalité au regard des conventions internationales". Le Secrétariat général de l'autorité centrale pour l'adoption internationale (SGAI) qui est sous tutelle du Quai d'Orsay, a saisi le 9 juillet, le Procureur de Paris pour activité illicite en matière d'adoption.
"Nos services sont à la disposition des vôtres pour toute information complémentaire qui vous semblerait utile, qu'il s'agisse d'informer les familles susceptibles d'accueillir les enfants ou de toute autre disposition que vous jugeriez nécessaire" conclut la dircab de Rama Yade. Et pourtant, sur le terrain, les "sapeurs pompiers volontaires" ont poursuivi l'opération d'"ingérence humanitaire" ! Misère de la diplomatie française… Elle n'est même plus écoutée à Paris !"
Voir le fac-similé de la lettre sur la page suivante.

L’opposition en Afrique, sauf quelques très rares cas, est souvent l’ombre d’elle-même, enlevant par le fait toute vitalité à la démocratie. Comment en est-on arrivé là ?
On trouvera des explications dans la vie propre des partis d’opposition, comme dans l’environnement national et international.
Au niveau des partis politiques, tout est loin d’être rose. Les partis, il en a tant été créé à la pelle que les mauvais sont en passe de chasser les bons, comme la mauvaise monnaie le fait de la bonne. Pas étonnant que la plupart n’aient pas de programmes conséquents mais des copier/coller, que certains vivent en se vendant au plus offrant et d’autres, juste le temps des élections pour toucher la manne du financement public et retomber en hibernation le reste du temps. Comment dans ces conditions obtenir d’eux une contribution au processus de nationalisation du pouvoir, au développement d’une culture partisane. Comment avec de telles déviances, espérer qu’ils développent des activités de contrôle sans complaisance avec pour horizon, l’alternance au pouvoir ? D’où les critiques et la désaffection grandissante de l’opinion à leur endroit. Mais précision de taille : il n’ y a que les véritables partis d’opposition qui vivent cette situation, et on verra pourquoi.
Mais l’étiolement des partis politiques tient aussi à l’environnement politique, économique et social, aux données de la gouvernance nationale.
Les pouvoirs en place ne se sont pas toujours donnés pour objectif d’asseoir la démocratie sur la légitimation populaire, le respect du droit et du pluralisme, de soumettre leur pouvoir aux contrôles administratifs et politiques vrais et par conséquent de respecter scrupuleusement le suffrage populaire et la place qui doit revenir aux vrais partis d’opposition.
Tout au contraire, ils se sont efforcés de se consolider, de prendre racines en confisquant le pouvoir du peuple, en neutralisant de multiples façons les partis politiques d’opposition : ils ont aussi mis en œuvre une implacable stratégie de vampirisation de la vie politique et économique, dont le but ultime a été le formatage d’ un espace politique animé par des acteurs créés ou récupérés auxquels ils ont fait jouer des rôles dans un jeu politique parfaitement maîtrisé.
Mais cet objectif n’aurait pas été pleinement atteint si la subordination, la captation, l’inféodation des contre-pouvoirs non étatiques (contrôleurs administratifs et politiques) n’avaient pas été menées de façon globale, intégrale, pour atteindre, au-delà des partis d’opposition, les syndicats, les mouvements de droits de l’homme, les médias, les intellectuels, les opérateurs économiques et surtout les structures coutumières et religieuses. C’est cela qui a construit ici et là des démocraties globalisantes, unanimistes au sein desquelles les partis d’opposition qui n’acceptent pas de se rallier d’une façon ou d’une autre à la galaxie présidentielle, connaissent de graves tourments de la part des pouvoirs en place. L’opposition devient ainsi un enfer, ce qui favorisera notamment le phénomène de la transhumance.
Cependant, cette déconstruction de la démocratie, ce retour à des régimes d’exception qui ne disent pas leur nom, n’aurait pas enfin atteint ce stade achevé si des assurances n’avaient pas été prises au plan international pour verrouiller par le sommet, tout le mécanisme construit en interne. En effet, la communauté internationale a fermé les yeux (sauf en concédant de temps en temps, quelques protestations de pure forme) sur le processus de dénaturation de la démocratie, sur les élections tronquées, sur les constitutions violées, sur les oppositions démantelées et sur les forces vives de la nation récupérées.
Plus grave, il est même arrivé à certains de ses représentants de prêter main forte aux dictateurs dans leurs multiples entreprises : en appuyant l’idée que l’Afrique avait beaucoup plus besoin de sécurité, de santé, de nourriture, d’éducation que de démocratie ; en intervenant à l’occasion directement ou indirectement dans des actions de prédation interne et externe des gouvernants ; en fermant l’accès des oppositions aux médias internationaux... Pas étonnant, comme l’a relevé Alpha Oumar Konaré, que les oppositions africaines en soient réduites à n’être que l’ombre d’elles-mêmes, les élections servant plus à leur exécution électorale qu’à la légitimation de la volonté populaire. La situation est vécue dans des pays aussi différents que le Sénégal, le Cameroun, le Burkina Faso, le Maroc et l’Algérie. Pas étonnant aussi qu’à la limite, la nécessité faisant loi, des bruits courent que des leaders comme John Fru N’di seraient sur le point de rejoindre Paul Biya pour tenter de survivre, lui qui a été artificiellement ravalé, selon une technique bien huilée en Afrique, du rang de premier parti d’opposition, à celui de deuxième, de troisième parti voire demain de 4èm, dans l’indifférence de la communauté internationale.
Mais comme l’a dit le professeur Loada, on peut tout faire avec la démocratie sauf s’asseoir dessus. De fait, on arrive maintenant à ce constat amer de l’écoeurement populaire vis-à-vis de la démocratie avec des abstentions record aux élections, une explosion du phénomène de l’émigration pour déficit de démocratie. On s’aperçoit alors à l’extérieur qu’il y a plus d’inconvénients que d’avantages à mal déployer la démocratie et qu’il faut la re- profiler. C’est toute la question qui se pose aujourd’hui un peu partout au sujet de la refondation de la démocratie et dont les chantres se trouvent, même paradoxalement, au cœur de la Commission de l’Union Africaine.
La Rédaction
San Finna N°433 du 01 au 07 Octobre 2007
Le président de l’Assemblée nationale ivoirienne, l’économiste Mamadou Koulibaly n’est pas à ses premières escarmouches avec la Francafrique qui a entraîné son pays dans une guerre fratricide, dont il essaye vaillamment de se tirer. Devant le discours stupéfiant d’arrogance et de paternalisme missionnaire du 26 juillet 2007 à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar prononcé par un président français confondant apparemment «droite décomplexée» et certitudes ethno-raciales à la Tintin au Congo, Mamadou Koulibaly est -c’est son mérite, mais c’est triste pour l’Afrique- une des seules personnalités africaines de premier plan qui ait réagi officiellement aux propos surréalistes entendus. Il livre une réponse libre et sur un ton décalé d’où il ressort un refus net de repartir sur les ficelles anciennes et rances de la Francafrique, même présentée en Eurafrique. Une prise de parole d’«Africain», cette catégorie que le président français affectionne et dont il s’est fait l’ethnologue de circonstance.
Le président de la République française est venu, comme De Gaulle et il a parlé aux Africains. Qu’a-t-il dit au juste ? Il nous a fait une série de propositions et d’analyses. Écoutons-le :
“Ce que la France veut faire avec l’Afrique, c’est une alliance, c’est l’alliance de la jeunesse française et de la jeunesse africaine pour que le monde de demain soit un meilleur monde». Le nom de cette alliance est Eurafrique. La France s’est mariée à l’Europe et nous vous apportons cette Europe de même que nous vous apportons à l’Europe. L’Afrique sera dans la corbeille de mariage de la France avec l’Europe et dans la corbeille de l’Europe avec le monde. Je suis venu vous proposer une place, comme la France sait le faire habituellement. Souvenez-vous par exemple des Dom Tom.
Mais comme vous le savez, l’Afrique est très différentiée. Il y a l’Afrique du Nord. Et il y a l’Afrique noire. En Libye, donc en Afrique du Nord, où je suis passé, j’ai signé des contrats juteux d’exploitation de centrales nucléaires et d’uranium. Des contrats portant sur la défense et autres affaires hautement stratégiques pour mon pays. Avec l’Afrique du Nord, on ne parle ni de morale, ni de développement. On ne donne pas de leçons mais on passe des contrats. On ne lance pas d’appels aux Libyens de l’étranger pour leur retour dans leur pays. On ne fait pas de promesses d’aides publiques françaises à la Libye. On parle affaires. Des contrats, des contrats et encore des contrats. Sur l’uranium, sur la défense, sur le nucléaire. Trade not aid, telle est notre règle.
Avec l’Afrique noire, avec vous, que dire ? Je vous ai fait mal, mes bébés. Hum ! N’en parlons plus. Mais ne me demandez surtout pas de repentance, puisque vous-mêmes, vous êtes coupables de vous être laissés battre par mes ancêtres. En plus, quand mes ancêtres arrivaient chez vous, vous vous décimiez vous-mêmes déjà sans notre aide. Vous êtes plus coupables que nous. Nous avons commis des crimes contre l’Humanité. Oui, mais vous n’avez rien fait pour nous en empêcher. En tout cas pas suffisamment pour nous convaincre que ce que nous avions l’intention de faire, était criminel.
Ne rêvez surtout pas à un retour en arrière pour rejoindre votre prétendu âge d’or qui aurait existé dans le passé. Vous n’avez jamais eu d’âge d’or. N’en rêvez pas. Le monde ne marche pas à reculons mais progresse vers l’avenir. L’histoire a un sens. La colonisation a été un crime contre l’humanité, mais mes parents ont proposé aux vôtres l’indépendance, qu’ils ont acceptée.
La colonisation c’était l’exploitation de l’homme par l’homme ; l’indépendance est exactement le contraire. Vos historiens et autres anthropologues vous mentent. Je vous le dit ici à vous, les jeunes d’Afrique, à l’Université Cheick Anta Diop. Devant vos chefs. Devant vos profs. Devant votre classe politique, gouvernement et opposition réunis. Devant vous étudiants, hommes de maintenant et hommes de demain. Arrêtez de rêver d’un futur qui puisse être le vôtre, à vous tout seuls.
Maintenant, vous m’appartenez définitivement. Arrêtez d’avoir la nostalgie d’un passé qui n’a jamais existé.
Je vous propose l’Eurafrique. Vous entrez avec moi dans les bonnes grâces de l’Europe. Je vous apporte l’Europe comme hier je vous ai apporté l’Esclavage. Je vous apporte l’Europe comme hier je vous ai apporté la Colonisation. Je vous apporte l’Europe comme hier je vous ai apporté l’Indépendance.
Je vous vois stupéfaits, n’est-ce pas ? Mais je vous apporte aussi les moyens qui vous seront propres pour inventer, vous-mêmes, votre avenir. Oubliez le passé. Maintenant, vous ne serez plus seulement à la France, mais à l’Europe. La France, c’est votre héritage occidental. La colonisation vous l’a apportée. Aid not trade. Telle est mon offre. Ne vous coupez pas de cet héritage. La civilisation européenne vous appartient. A vous aussi. Renoncez à la tentation de pureté comme nous le faisons en Europe. Ne répondez pas au racisme de la France par le racisme. Ne répondez pas à l’intolérance de la France par l’intolérance. Je sais, je vous ai fait mal, mais laissez tomber. Allons ensemble dans l’avenir. Renoncez à la maladie de l’intelligence. Si vous voulez venir chez nous, pas de problème, nous négocierons votre migration. Nous déciderons ensemble, pour vous, comment vous viendrez. Pas en citoyens libres, mais en immigrés.
Vous rêvez de la Renaissance africaine ? Pourquoi pas ! Après tout, vous avez eu, semble-t-il, l’Egypte et d’autres brillantes civilisations que mes ancêtres ont battues à plate couture et soumises depuis des siècles. Oubliez le passé peu glorieux que vos ascendants vous ont laissé. Nous vous aiderons à la bâtir, cette renaissance, si tel est votre désir.
Commencez déjà par prendre notre civilisation comme héritage. Vous voulez la liberté, la démocratie ? Bien. Mais savez-vous que l’Europe est bâtie sur l’égalité, la justice, le droit, la liberté, la démocratie et la libre propriété ? Je vous apporte ces valeurs universelles. Et n’allez pas chercher ailleurs. Tout ce que vous voulez, commandez et je vous livre tout de suite. Nous sommes généreux, nous vous aimons. Ce n’est pas de la pitié, mais c’est notre intérêt.
Ainsi nous a parlé Nicolas Sarkozy, le président de tous les Français.
Que lui dire ?
Merci Sarkozy. Merci pour tes propositions. Mais nous, on veut aller dans le monde par le marché et non sous la protection de qui que ce soit. Nous connaissons le chemin. Le monde, ce n’est pas que la France; le monde, ce n’est pas que l’Europe. Le monde, c’est aussi l’Afrique, c’est aussi l’Amérique, c’est aussi l’Asie. Le monde, c’est ailleurs. Nous voulons choisir librement notre méthode d’y entrer, notre façon d’y participer. Ce n’est pas par dégoût, mais c’est notre intérêt et rien que cela.
L’Eurafrique ? Très bien merci. Mais ça sera vraisemblablement comme par le passé. Il y a déjà les sommets franco-africains. Il y aura des sommets Eurafricains. Il y aura une bureaucratie Eurafricaine, comme il y a celle des UE-ACP. Nous n’avons plus du temps à perdre à négocier lors de sommets de Chefs d’Etat. Nous allons directement sur les marchés librement avec nos besoins et nos moyens.
Nous ne voulons plus être marchés captifs de qui que ce soit. Nous voulons redevenir libres. Il ne s’agit pas d’un retour à un quelconque âge d’or. Il ne s’agit pas d’une option pour nous, mais de notre survie.
Il s’agit d’être simplement des humains, de vivre comme tels et d’être traités comme tels. Nous ne voulons pas de traitement de faveur. Nous voulons avoir notre liberté de choix. Nous voulons tirer profit des droits imprescriptibles que nous avons d’être propriétaires de nous-mêmes en tant qu’humains. Nous voulons être libres dans la mondialisation, comme nous ne l’avons jamais été sur les marchés des esclaves. Sur les marchés coloniaux. Dans le pacte colonial. Nous ne voulons pas aller sur les marchés mondiaux enchaînés par des accords protectionnistes ; ni avec la France, ni avec l’Europe.
N’est-ce pas vous qui avez dit que l’Afrique ne comptait pas pour la France ? N’est-ce pas vous qui dites aussi que le Niger, avec son uranium, compte énormément pour la France ? Savez-vous que le Niger est un pays d’Afrique ? La duplicité de votre langage ne nous rassure guère. Vous parlez d’amour là où le monde parle d’intérêt et d’intérêt là où le monde parle d’amour. Nous ne voulons plus de cette protection infantilisante qui vous donne le droit de vouloir: Tout faire pour nous. Tout faire avec nous. Tout faire par nous. Tout faire sans nous. Et au bout du compte, tout faire contre nous. Nous ne voulons plus des accords léonins qui, sous prétexte de vouloir nous aider, nous font plus de mal que de bien.
Nous voulons que Sarkozy nous laisse faire, nous laisse passer. Nous voulons que la France nous laisse faire, nous laisse passer. Nous voulons que l’Europe nous laisse faire, nous laisse passer. Nous voulons que le monde nous accueille comme nous sommes, tels que nous sommes et non comme la France veut que nous soyons ou que l’Europe voudrait que nous soyons. Nous connaissons le mode d’emploi de la mondialisation. Aucun épouvantail ne nous fera renoncer sur la route de la liberté.
L’Eurafrique ? Pourquoi pas. Merci pour votre offre. Mais nous sommes déjà dans le monde sous le couvert de l’Europe qui agit par procuration de la France. Nous ne voulons pas de la mondialisation des servitudes. Nous voulons celle des libertés. Nous voulons simplement : De l’économie de marché. De la société ouverte. De la société de droit. Ni plus, ni moins. Sarkozy pourrait-il nous aider dans ce sens ? A nous libérer des accords précédents ? Ceux des indépendances ? Pour enfin nous libérer du carcan post colonial.
Nous ne voulons pas aller dans le monde comme hier nous sommes allés dans l’Europe, par la France. Nous ne voulons pas de votre liberté en double standard, et sous surveillance. Nous ne comprenons pas que nos avoirs extérieurs nets en devises soient déposés au Trésor Public de chez vous. Nous ne comprenons pas que nous soyons perçus comme des contribuables par l’Etat français, alors que vous nous ressassez que la colonisation est terminée depuis belle lurette ?
Nous ne voulons plus de vos accords de coopération qui ne règlent rien, mais qui pillent tout. Nous voulons être libres de choisir nous-mêmes notre destin. Libres de choisir nous-mêmes qui nous accompagnera et pour quoi. Merci de votre sollicitude.
Tu veux que je décide librement ? Soit. Mais je ne veux pas que tu sois là. Tu veux que je décide librement ? Mais soit. Je ne veux pas décider avec toi. Je veux décider seul. Tu veux que ma volonté se réalise pleinement ? Oui, je le veux aussi. Mais je ne veux pas réaliser mon destin avec toi. Je veux le faire moi-même, sans guide, ni parrain, ni gourou. Tu veux t’associer avec moi ? Oui, mais ne me demande pas d’être exclusivement à toi. D’être ta chose. Je veux être libre de m’associer avec qui je veux et comme je le veux et quand je le veux. La mondialisation telle qu’elle est faite pour moi ne me plait pas. C’est vrai. Je veux la démocratie. Je veux le droit. Je veux la justice. Je veux la propriété libre. Je veux la liberté. Mais je veux aussi la responsabilité.
Rencontre de deux visions
Au lieu de l’Eurafrique, nous voulons la Librafrique. Si vous voulez un véritable discours de rupture, monsieur le président de la République française alors, en plus de définir la politique africaine de la France, il vous faudra désormais intégrer la politique française de l’Afrique. C’est de la rencontre des ces deux visions sous la contrainte de nos autres relations que naîtra le monde meilleur souhaité par la jeunesse africaine et pour lequel elle est prête à travailler avec toutes les jeunesses du monde. Pour cela, il faut que vous nous laissiez faire.
Les libertés et les droits de l’homme ne se négocient pas. L’autodétermination des peuples est un droit. Vous ne pouvez pas garder les démocraties pour vous et cultiver les autocraties chez nous. Arrêtez de le faire. Le marché ne peut pas être pour l’Europe et les bureaucraties pour l’Afrique. Arrêtez de le concevoir.
Encore une fois merci d’être venu et d’avoir parlé comme vous avez parlé. Votre discours avorté de rupture donne une occasion de rupture effective à la Jeunesse d'Afrique si discourtoisement interpellée par vous à Dakar le 26 juillet 2007. Vos désirs de rupture d'avec les vues de vos prédécesseurs ne nous intéressent pas, d'autant qu'ils n'iront jamais jusqu'à la remise en cause des fondamentaux de la traditionnelle politique africaine de la France. Par contre, nous avons avec la mondialisation l'occasion de rompre avec le modèle de coopération que la France nous propose. Merci de nous avoir donné l’occasion de vous le dire. Parce que nous avons compris que, si pour le moment, la rupture, ce n'est pas pour vous, nous vous indiquons que c'est avec vous, nouvelles et anciennes élites françaises, que nous, jeunes d'Afrique, nous rompons.
Mamadou KOULIBALY Président de l'Assemblée Nationale de Côte d'Ivoire
Article repris des journaux africains Le Quotidien de Dakar (le 04.07.07) et Le Messager (Douala, le 06.07.07)
Les dirigeants libyens n’ont jamais ignoré l’attrait qu’exercent les nombreuses potentialités de leur pays, notamment en matière de pétrodollars et de contrats (équipements, infrastructures, services, armement, tourisme…). Ils ont appris à utiliser ce capital de différentes façons dans leurs rapports avec les pays africains et plus spécifiquement avec les pays industrialisés demandeurs par excellence d’énergie et de grands contrats juteux. Pour ce faire, ils n’hésitent pas à les mettre en compétition au détriment de la morale et du droit. Pour dire les choses telles qu’elles apparaissent, le régime du « Guide », qui a systématisé (en réponse au fait colonial, dit-il mais aussi à ses ambitions) à un niveau rarement égalé le cynisme politique, applique le chantage d’Etat sans vergogne et ce même lorsqu’il a affaire aux plus grandes puissances de ce monde. Ce fut, après bien d’autres exemples, ceux éclatants des attentats terroristes libyens de Lockerbie (vol Pan Am ayant fait 280 victimes) et du Ténéré (vol UTA ayant fait 170 victimes).
LA PRISE D’ OTAGES AUX BENEFICES MUTUELS
Le « Guide », avec les cartes qu’il avait donc en main, a réussi le tour de force de ne pas être poursuivi devant un tribunal pénal international ; mieux, il a dévoyé les principes et les règles du droit pour étendre le principal transactionnel admis sur le seul plan des actions civiles, à celui, interdit, des actions pénales. De la sorte, il a assorti l’offre officielle de dédommagements des victimes de ces deux actes terroristes, de la conditionnalité de l’abandon des poursuites pénales pour amener Américains, Britanniques, Français…, à adhérer au processus de règlement amiable, toutes causes de préjudices confondues. Cet acte de défi vis-à-vis de crimes de compétence universelle et par définition imprescriptibles, passera comme une lettre à la poste, malgré les cris révoltés de bien de victimes contre ce déni de justice internationale. Le Colonel Kadhafi, dès lors, ne pouvait pas s’arrêter en si bon chemin.
L’affaire des soignants bulgares sera une autre occasion de chantage d’Etat et c’est quasiment les pieds sur la table que les captifs seront utilisés comme otages pour combler le trou causé par le paiement des sommes déboursées dans le cadre des attentats de Ténéré et de Lockerbie et pour accélérer les processus de réintégration de la Libye dans le concert des nations.
La libération des soignants se fera sur la base d’avantages réciproques et multiformes, cachés ou connus. Le fils Kadhafi, Saïf Al-Islam Kadhafi, les autorités libyennes et françaises, la direction d’EADS…, ont beau dire et se dédire dans des communiqués diplomatiques et à travers des plans de communication, l’opinion à ce sujet n’en est pas dupe, encore moins les victimes et leurs avocats. Ces derniers, en particulier ont avoué qu’ils ne sont pas étonnés de l’existence de possibles transactions puisque leur stratégie pour obtenir la libération de leur clients, a toujours consisté à aiguiser l’appétit des puissances européennes par rapport aux avantages qu’ils pourraient tirer en s’intéressant aux négociations. Ils sont eux-mêmes entrés dans le jeu du chantage « kadhafien » pour extraire les soignants des griffes libyennes. Mais là où on peut comprendre un tel choix de la part des victimes et de leurs conseils, on ne saurait l’admettre s’agissant des plus grandes puissances mondiales ayant les plus grandes forces de contrainte organisée et étant toujours promptes à jurer de leur fidélité aux fondements moraux et juridiques intangibles qui fondent leurs régimes.
A la limite, si ces puissances étaient elles aussi entrées dans le jeu uniquement dans le même but (la libération des praticiens bulgares), à charge de poursuivre les autorités libyennes une fois le but atteint pour que force reste à la vérité et à la justice internationale, on aurait accepté. Mais à l’évidence, tel n’a jamais été le cas puisque depuis que les captifs ont rejoint Sofia, il n’est pas envisagé de la part de l’Union européenne d’engager une quelconque poursuite ni pour extorsion de fonds, séquestration, ni pour tortures et encore moins pour prostitution du droit. On comprend que les victimes aient le sentiment d’avoir été utilisées par tous les intervenants dans la négociation.
LE CHANTAGE D’ ETAT PERMANENT
Le « Guide », une fois de plus a joué, et il a gagné. Mais, pour être un joueur invétéré, il n’est pas pour autant inconscient des risques qu’il encourt. C’est pour cela qu’il prend toujours le soin de bien verrouiller les choses. Dans le cas d’espèce, il s’est employé à neutraliser toute action judiciaire à son encontre. Le contrat signé par les soignants (en présence des intermédiaires européens) de ne pas se pourvoir devant une quelconque juridiction à leur libération, en est une des illustrations. Il y à là beaucoup à redire sur un tel acte entaché d’un vice irréfragable puisque conclu sous la menace, donc en l’absence de toute adhésion volontaire de la part des otages. Pour autant, non seulement il n’a pas été dénoncé par les Européens mais on constate que ces derniers (les Bulgares en tête), malgré les révélations les unes les plus douloureuses que les autres sur la captivité des soignants, incitent ces derniers à le respecter. L’attitude ici est révélatrice d’une complicité d’Etat et concourt à faire de cette affaire, une affaire de délinquance internationale.
En soi, cela suffisait à donner du crédit à tous ceux qui pensent depuis le début que la communauté internationale n’était pas convaincue que la vie des captifs était réellement menacée. Les soignants se sont trouvés effectivement là, à un moment où les bien-pensants de ce monde et la Libye avaient convenu de renouer pour relancer les affaires. Alors, ils ont servi de prétexte. C’est en somme l’occasion qui a fait des larrons. Mais pour autant, le « Guide » a pris soin d’assortir le « deal » de largesses compromettantes pour s’assurer le silence des puissances européennes. De ce point de vue, il n’est pas du tout incongru de penser que la fulgurante réaction libyenne, après l’annonce de l’amnistie accordée aux soignants par la Bulgarie et les fuites manifestement provoquées et rattrapées du fils Kadhafi, soit des mises en garde contre les soignants mais aussi contre les dirigeants européens. Deux précautions valent mieux qu’une ! S’il venait à une des parties l’idée de violer l’ « omerta », les dirigeants français et européens seront jetés en pâture à leur opinion avec toutes les conséquences qui s’y attachent. Quant aux victimes ingrates, elles pourraient perdre plus que leur liberté ! Tel pourrait être le double message, et comme contrairement au « Guide », les Européens ne craignent rien autant que l’opinion, ce dernier est ainsi assuré de pouvoir continuer à jouer et à gagner sans danger.
Pour avoir réussi à impliquer les gouvernants européens dans ce dossier des praticiens bulgares, il reste en définitive aux victimes et à leurs avocats de réussir cette fois-ci la prouesse d’intéresser les déterminants de cette opinion : les médias mais aussi les altermondialistes, les associations de défense de droits de l’homme et les confessions religieuses (très silencieux sur la question jusqu’à présent) à engager une contre procédure internationale pour connaître la vérité et pour rendre justice non seulement aux victimes mais à la communauté internationale elle-même.
VT - San Finna N°425 du 06 au 12 Août 2007
· L’année 2006 se termine très mal en Afrique : la Somalie, le Darfour, le Tchad et le Centrafrique, sont en plein conflit. Les solutions que l’Union Africaine (UA) propose pour y faire face, sont loin d’être adaptées aux différentes situations. Rien ne pourra marcher en Afrique si les organisations qui sont supposées accompagner notre continent dans sa quête d’indépendance et du mieux-être, sont sous une totale influence extérieure. C’est le cas de l’UA, par exemple, que les Occidentaux ont réussi à « prostituer » au point qu’elle est devenue pire que ne l’était, hier, la défunte Organisation de l’Unité Africaine (OUA). Je me souviens du chaud débat, au Sommet de Lomé, en juillet 2000, quand il avait fallu enterrer l’OUA au profit de l’UA. J’avais écrit des éditoriaux dans lesquels je m’étais montré contre la création de l’UA car j’ai toujours pensé que ce n’est pas en cassant le thermomètre qu’on peut guérir du paludisme. OUA ou UA, pour moi, c’est bonnet blanc – blanc bonnet. Tant que les Africains ne se donneront pas les moyens de la maîtrise de leur destin, notre continent tournera toujours en rond.
· Je pense sincèrement que Thabo Mbeki, malgré parfois son incohérence, avait eu une bonne idée en prônant la Renaissance Africaine. Nous aurions dû le conforter dans cette idée dont il est le concepteur. Certains chefs d’Etat l’ont au contraire combattu sans réel fondement. Partie de la Renaissance Africaine qui avait pour ambition d’aboutir à une demande collective africaine de l’effacement de la dette du continent, l’Afrique a eu droit au NEPAD qui est le contraire de ce qui était pensé avant. Lancé à très grand renfort de publicité depuis cinq ans, ce concept mort-né n’a finalement servi à rien. Pourtant la Renaissance Africaine avait un contenu où l’Africain était l’alpha et l’omega de tout le processus contrairement au NEPAD qui se définit, d’abord, à partir du bon vouloir de nos « bienfaiteurs » du Nord.
· Je comprends qu’Alpha Oumar Konaré ne soit pas candidat à sa propre succession à la tête de l’UA qui, en réalité, est une coquille vide. Il avait pourtant remué ciel et terre pour en chasser Amara Essy qui y avait trouvé un excellent point de chute, sa Côte d’Ivoire natale n’étant plus un pays très fréquentable. Mais à force d’avaler les couleuvres, il a fini par jeter ses propres principes éthiques dans le fleuve Niger. Ne pouvant plus continuer de présider la Commission d’une organisation continentale qui prend l’essentiel de ses ordres et de ses financements à l’extérieur, il est normal qu’il plaque tout pour retourner à Bamako sinon l’échec de l’UA se confondra à sa propre image.
· Si le président de la Commission Européenne, José Manuel Barroso, recevait certains ordres de Washington ou de Moscou, que diraient les Européens ? Pourtant, ce sont les Français, par exemple, qui décident de ce qu’il y a lieu de faire en Centrafrique, au Tchad, deux pays où la politique qu’ils prônent en Afrique est radicalement contraire de ce qu’ils soutiennent en Côte d’Ivoire, au grand dam de l’UA dont les chefs d’Etat ne font qu’avaliser de telles positions avant de les soumettre aux Nations-Unies, sans se soucier des qu’en dira-t-on au sein de leurs opinions publiques. La défunte OUA proposait au moins un semblant de débat avant de s’enliser dans des luttes idéologiques. Avec l’UA, il n’y a plus rien. Quand on annonce un semblant de discussion au sein de ses différentes instances, c’est toujours pour adopter les positions que la rumeur a déjà fait courir dans des capitales occidentales.
· Quand un chef d’Etat africain (à quelques très rares exceptions près) veut procéder à un remaniement ministériel, il soumet sa liste qui à Paris, qui à Londres, qui à Washington, qui à Bruxelles, qui au FMI et à la Banque mondiale. Objectif : obtenir l’adhésion de cette communauté des bailleurs de fonds. Quand nos opposants bien aimés veulent briguer la magistrature suprême, ils font, aussi, le tour des mêmes capitales et des mêmes institutions, comme s’ils ne pouvaient pas être élus sans recevoir l’onction de ces dernières. L’Africain peut-il se faire respecter avec de tels comportements ? A-t-on déjà vu Bush ou Blair ou Merkel ou même Chirac qui croit profondément en son for intérieur que « l’Afrique n’est pas encore mûre pour la démocratie » se pavaner dans certaines grandes capitales africaines sous le prétexte de chercher des soutiens en vue de leur élection ou réélection ? A quand alors la maturité des Africains ?
· J’ai commencé cet éditorial en indiquant que l’année 2006, en Afrique, se termine très mal. Ce qui veut dire que le début de l’année 2007 sinon une bonne partie ou la totalité de l’année 2007 sera aussi mauvaise. Ce qui veut encore dire que tout dépend de nous. Si nous devenons des acteurs engagés, les Occidentaux où qu’ils soient, quels qu’ils soient, réfléchiront à deux fois avant de s’ingérer dans nos affaires pour y foutre du désordre comme ils le font aujourd’hui impunément. Mais si nous restons passifs, muets et amorphes, comme en 2006, nous n’aurons que nos yeux pour pleurer fin décembre 2007.
Chers frères et sœurs d’Afrique et de la diaspora, levons-nous ensemble pour chasser, à partir de ce janvier 2007, l’impérialisme de l’Afrique. C’est la seule façon de faire si nous voulons regarder les autres dans les yeux, fiers d’appartenir à un continent qui dispose de tous les atouts pour devenir une puissance mondiale. Tels sont mes vœux pour l’année qui commence.
EDITORIAL –Afrique/Éducation-N° 219-220 DU 1er AU 31 JANVIER 2007
« TEMOIGNAGE ET COMBAT POLITIQUE D’UN EXILÉ» de Bichara Idriss Haggar, édition L’Harmattan, 2003, 515 p. JSBN 2-7475.5386-8
Avec clarté et un style dépouillé, cet
universitaire tchadien qu’est Bichara Idriss Haggar nous présente
dans Témoignage et combat politique d’un exilé le tableau
synoptique de la dictature au Tchad. Chaque mot, chaque phrase valent leur pesant
de vérité et traduisent la réalité vécue
quotidiennement par les Tchadiens. Par ailleurs, il s’est livré
à un véritable et minutieux travail d’investigation et d’historien.
Son expérience personnelle lors de la création de son parti politique,
le RDP (Rassemblement pour la démocratie et le progrès), les épreuves
qu’il a ensuite endurées au cours de ses pérégrinations
à travers plusieurs pays d’Afrique (Cameroun, Nigeria, Niger, Algérie,
Libye et Bénin) afin d’échapper à l’étau
qui se refermait sur lui, permettent d’analyser progressivement le comportement
du dictateur tchadien actuel, Idriss Déby, et ses méthodes d’action,
celles-ci étant fondées, dit-il, « sur la force, le mensonge,
le faux serment, la division et la corruption ».
Bichara Idriss Haggar appartient à la même ethnie Béri,
communément désignée sous l’appellation de Zaghawa,
que celle d’Idriss Déby, ce qui l’accrédite d’autant
plus. Il explique au lecteur les différents groupes qui la constituent
à savoir les Wegui qui vivent dans le Nord-Ouest du Darfour, les Kobé
peuplant à la fois la sous-préfecture d’Iriba et une partie
de l’Ouest du Darfour, et enfin les Bideyat dans 1’Ennedi, se subdivisant
eux-mêmes en Borogat et Biryéra, ce dernier étant celui
d’Idriss Déby. Les Biryéra se distinguent des autres Béri
par certains traits saillants. Ils sont, dit l’auteur, «anarchiques,
sans contact avec les populations avoisinantes et ne vivent que de razzia ».
De ce fait, tout porte à croire qu’ils communiquent difficilement
avec d’autres clans et ne se consultent qu’entre eux, essentiellement
dans le cadre familial.
C’est donc cet homme, issu de la tribu Biryé, qui préside
aux destinées du Tchad depuis décembre 1990. Est-ce à cause
de son appartenance ethnique qu’il considère le Tchad comme une
conquête personnelle et le livre à la curée de sa famille
et de ses amis islamistes de la tendance Al Tourabi du Soudan qui lui avaient
prêté main forte dans sa marche triomphale sur N’Djamena
? C’est ce que prétend l’auteur et la façon dont le
Tchad est géré depuis son arrivée au pouvoir conforte cette
analyse.
En effet, pour Idriss Déby, le pouvoir est en premier lieu source de
profit. A la différence de ses prédécesseurs il s’y
accroche peut-être moins par ambition que par esprit d’appropriation.
Le combat qu’il a mené n’étant qu’une sorte
de razzia à l’échelle du pays, ce qui est ainsi acquis ne
se lâche que par la force. Seules d’autres razzias par des clans
ennemis peuvent le lui arracher. Dans cette optique très particulière,
l’ex-combattant n’a que faire des avis critiques et des conseils
donnés par un cadre supérieur tchadien, celui-ci serait-il de
son clan. II ne peut en concevoir que de l’agacement ou de la colère
car c’est en quelque sorte remettre en cause son droit à la domination,
acquis et reconnu par la victoire de ses combats.
On comprend alors l’intolérance qu’il manifeste vis-à-vis
des membres de la tribu Zaghawa. Avant même d’être le président
du Tchad, il se considère en premier lieu comme leur chef et par conséquent
ne tolère pas que l’un d’eux ne le suive pas. En n’adhérant
pas au parti qu’il a créé, le MPS (Mouvement patriotique
du salut), en prenant leur distance avec un pouvoir qui ne répond pas
à leurs attentes, dans l’esprit du chef de clan qu’est Idriss
Déby, ils ne font pas preuve d’indépendance mais de félonie.
Cela lui est insupportable et il met tout en œuvre pour châtier les
traîtres. On comprend alors l’acharnement avec lequel il pourchasse
toute l’élite Béri tels Abbas Koty, Bichara Idriss Haggar,
Hissein Koty, Bichara Digui et beaucoup d’autres qu’il n’est
pas possible de citer dans le cadre de ce compte rendu. Leurs partisans au sein
même de l’armée ont d’ailleurs payé un lourd
tribut en juin 1992 à Choukou-Hadjé sur les bords du lac Tchad
lorsqu’ils avaient décidé de marcher sur N’Djamena
pour en découdre avec Déby. Ni pardon, ni quartier pour les vaincus
morts dans des bains de sang.
En considérant cet état d’esprit, comment Idriss Déby
admettrait-il le concept de démocratie ? Pour lui ce n’est qu’une
vue de l’esprit, occidentale à coup sûr, sûrement pas
concevable au Tchad. De même, les notions de droit, de justice, d’égalité,
d’intégrité ou de bonne gouvernance lui sont étrangères.
Aussi, écarte-t-il systématiquement de son chemin, toute personne
qui, au nom de cette démocratie, cherche à lui enlever la place.
Il lui faut seulement la conserver et dans ce but ne lésine pas sur les
moyens : intimidation, répression, assassinat, pillage, confiscation
des biens. Sans remords, il ment, piège et tue les opposants, pioche
dans les finances de l’Etat et les revenus du pétrole. C’est
de bonne guerre! Les différentes élections ne sont nécessaires
que pour entériner sa présence au pouvoir et faire plaisir à
ses amis occidentaux. Les promesses et les discours officiels vont dans ce sens.
Personne n’ignore ces méthodes hors normes. Pourtant, en dépit
du pouvoir criminel de Deby dont les victimes se comptent par dizaines de milliers,
de nombreux pays, loin de le condamner, lui apportent un soutien inconditionnel
aussi bien sur le plan diplomatique que financier et matériel. Les raisons
en sont diverses et multiples.
Ainsi la Libye. Elle ne peut que choyer le tombeur de Hissein Habré,
lequel lui avait fait l’affront de chasser son armée d’occupation
dans toutes les régions du Tchad au Nord du Chari qu’elle gérait
comme ses propres provinces. Quant au Soudan du couple Al Tourabi-Al Béchir,
il ne voyait en Idriss Deby qu’un allié « soucieux d’expérimenter
son nationalisme contre les Américains et les Occidentaux qui soutenaient
Hissein Habré. »
En poussant plus loin sa réflexion, l’auteur invite nombre de responsables
tchadiens qui font de la politique un fonds de commerce, toujours prompts à
solliciter l’aide des pays étrangers pour jouer au pyromane chez
eux, à analyser les conséquences de leurs actes s’ils ne
tiennent pas à voir leurs bailleurs de fonds leur imposer un droit de
regard sur leurs affaires intérieures.
Idriss Deby, qui sait si bien mentir, a su manœuvrer pour s’octroyer
l’appui de certaines puissances voisines ou occidentales. Ainsi, dans
les années 90, le Tchad était-il devenu le grand pourvoyeur de
mercenaires, des soldats de l’armée tchadienne envoyés sur
plusieurs théâtres d’opérations africains, ce qui
permettait aux grandes puissances supervisant les conflits de protéger
leurs ressortissants.
Signalons également les « services rendus » par quelques
Etats de la sous-région livrant à la police secrète d’Idriss
Déby plusieurs centaines d’opposants tchadiens réfugiés
sur leurs territoires, lesquels furent tous sommairement exécutés
de façon extrajudiciaire. Tout cela crée des amitiés, mieux
des allégeances préjudiciables aux populations. Il n’est
plus alors question de droit, de démocratie, de liberté.
Enfin, des chefs d’Etat de quelques pays d’Afrique francophones
dits modérés, craignant une déstabilisation du Tchad qui
risquerait d’avoir des répercussions dans leurs pays respectifs,
ont fait pression sur les responsables politiques français afin que ceux-ci
soutiennent et maintiennent à tout prix le régime du dictateur
tchadien.
Idriss Déby, chef de clan et président de la République
du Tchad est donc toujours là, reconduit dans ses fonctions grâce
à une suite d’élections frauduleuses.
Si j’ai beaucoup apprécié l’analyse ainsi faite par
Bichara Idriss Haggar, je regrette pourtant, et je crois que beaucoup de Tchadiens
seront de mon avis, qu’il n’ait pas évoqué, même
rapidement, la dictature d’Hissein Habré, tout aussi atroce et
implacable, dont le seul point positif reste ses victoires militaires face à
la Libye, la cohésion apparente (mais à quel prix !) des diverses
communautés du Tchad dont il est fait état ici ne m’apparaissant
que superficielle, voire illusoire.
Le régime d’Idriss Déby, comme ceux de ses prédécesseurs,
a généré les rébellions. A la lecture de ce témoignage,
nous comprenons que dans le propre clan d’Idriss Déby, des hommes
se sont également levés pour s’opposer à son pouvoir
et à ses méthodes. Tous les Tchadiens, excepté la minorité
gravitant autour du dictateur pour en récolter des miettes, «aller
à la soupe» comme l’on dit dans les rues de N’Djaména,
souffrent de la situation qu’ils subissent. Les populations du Darfour,
dont les Zaghawa font partie, n’ont pas demandé à être
assassinées, expropriées, bombardées, prises entre le feu
des combattants et des ambitions personnelles. Bien que la situation y apparaisse
aujourd’hui moins dramatique, les populations du Sud tchadien, où
est actuellement exploité le pétrole, non plus. Et pas davantage
toutes les autres.
A propos du Darfour, et c’est une parenthèse que j’ouvre
ici, peu d’observateurs dénoncent le rôle déterminant
pris par Idriss Deby dans le drame que vivent les populations.
Dans cette situation de crise que traverse actuellement le Tchad, l’essai
de Bichara Idriss Haggar m’apparaît donc vital pour éviter
les amalgames et écarter toute idée revancharde contre le clan
d’Idriss Deby. Les conflits n’ont pas pour origines des causes ethniques
comme trop souvent les commentateurs le laissent entendre. Il y a ceux qui les
utilisent et les autres qui subissent. Il faudra que les responsables du Tchad
de demain s’en souviennent.
Pour jeter les bases solides d’une véritable démocratie,
promouvoir développement et stabilité, ils auront besoin de tous
les citoyens de ce pays, quelles que soient leurs origines. Et s’il faut
juger et punir de manière équitable les responsables des crimes
et les pilleurs du pays, le changement voulu ne pourra se faire que dans le
respect des uns et des autres en se gardant de représailles qui seraient
injustes, mais aussi et surtout, préjudiciables à notre avenir,
à la formation d’une nation, d’un véritable Etat Tchad.
De même, ce sera la seule façon d’éviter que ne se
reforme le cercle vicieux des représailles, rébellions, répressions.
Pour nous résumer, Témoignage et combat politique d’un exilé
me semble important par sa contribution à une meilleure approche du Tchad
et une connaissance en profondeur du pouvoir confisqué par Idriss Deby,
l’actuel président du Tchad. A ce titre, son étude pourrait
être proposée dans les lycées et universités du Tchad
et sa lecture soumise à la réflexion de tous les Tchadiens en
quête de vérité et d’un Etat de droit.
Concernant un avenir que nous espérons proche, les suggestions faites
par Bichara Idriss Haggar, avec toutes les réserves qu’elles impliquent,
tels le bilinguisme, le fédéralisme, la mise en jugement d’Idriss
Deby, sont susceptibles d’apporter une contribution pertinente à
la conférence de paix souhaitée, seule voie possible pour aborder
les problèmes du Tchad, leur apporter une solution globale et élaborer
ensemble les bases d’un nouveau pouvoir politique qui serait d’essence
démocratique.
Antoine Bangui, Paris, France
Les rébellions (tout comme les guerres à l’époque
des Croisades étaient classifiées par les théologiens en
guerres justes ou injustes) peuvent être justes et mériter qu’on
les appuie à défaut de les soutenir, ou injustes et justifier
qu’on les combatte à tout prix. Cette conception de la rébellion
est officieusement ou officiellement soutenue par des Etats et même par
des institutions internationales. Dimitri Titov, chef du Département
Afrique du maintien de la paix à l’ONU, s’en exprimait récemment
en ces termes, validant la prise des armes par les rebelles ivoiriens : «
Ce n’est pas toutes les rébellions qu’il faut criminaliser
» (site ONUCI).
Mais une telle perception de la rébellion a toujours été partagée par la Françafrique -et partant par la France- qui a invariablement pratiqué dans le pré carré un interventionnisme militaire à géométrie variable pour rétablir ou maintenir au pouvoir des présidents ou les destituer. Elle a toujours pratiqué une politique d’action militaire sélective dont on a eu des signes visibles de façon continue depuis les lendemains immédiats des indépendances avec le cas de Léon Mba (replacé manu militari au pouvoir après un coup d’Etat) jusqu’à nos jours avec la Côte d’Ivoire, où se joue depuis 2002 un coup d’Etat permanent, la Centrafrique où un président indésirable a été débarqué par un général qu’on a aidé et le Tchad où l’on ne ménage aucun effort pour maintenir Idriss Déby sur son fauteuil.
A propos justement de la Centrafrique et du Tchad, on observera que si l’intervention est toujours présente, elle a tendance (compte tenu des critiques de plus en plus vives qu’elles rencontrent en Afrique et dans l’opinion française) à revêtir des formes nouvelles. On lui donne des habits neufs grâce à une évolution sémantique plus « soft » (NDLR : douce). C’est ainsi que depuis les dénonciations des rebelles tchadiens par rapport à l’appui apporté par la France à Idriss Déby, à Paris on a commencé à parler d’ « appuis logistiques et en renseignements » pour marquer dans les opinions qu’il y avait une différence entre cette forme de soutien indirect et léger et la forme brutale et visible de l’action en appui ou en substitution sur le terrain. Mais on sait bien que la réalité est toute autre et que sans ces appuis logistiques et renseignements, les régimes soutenus tomberaient comme des fruits mûrs !
C’est cette même formule qui vient d’être avancée pour répondre aux appels de détresse hystériques à l’endroit du pouvoir français de François Bozizé qui avait perdu jusqu’au sommeil en voyant la progression des rebelles qu’il sait ne pas pouvoir contenir sans un secours de l’Hexagone. Et quand il parle de secours, on le sait bien, cela ne peut se réduire, comme on dit, à un simple appui logistique et en renseignements quand son armée n’est même pas en état de les exploiter à bon escient pour faire toute seule la différence avec des rebelles bien armés et surtout motivés par une cause qu’ils estiment juste.
Mais quelle que soit la richesse du vocabulaire, l’ingéniosité des camouflages, à l’intérieur du continent africain, on n’est pas dupe. En dépit même des moyens militaires, économiques, politiques, diplomatiques, médiatiques… mis en œuvre pour berner les opinions, les intelligences (qui sont aussi de qualité en Afrique) ont mis à nu les stratagèmes. Aujourd’hui, les rébellions ont pris le taureau par les cornes. Elles n’hésitent plus à s’équiper en armes conséquentes -notamment en missiles Sol air- pour s’attaquer directement aux appareils français et aux troupes françaises. Même lorsque le relais de ces interventions françaises seront prises en charge comme on observe de plus en plus par des institutions internationales, les rebelles n’hésiteront pas à s’en prendre aux casques blanc ou bleu ou à tel ou tel contingent envoyé par une organisation africaine, européenne ou par les Nations Unies.
Finalement, face à ces rébellions résistantes qui développent leurs propres « antigènes », la solution serait d’en revenir à la seule et unique recette : celle de la légalité, du respect de la légitimité. C’est en cessant au plan national comme au plan international, de soutenir les rébellions, en imaginant des moyens de pression pour amener les pouvoirs en place à respecter l’Etat de droit, les valeurs démocratiques, la bonne gouvernance (avec conditionnalités à l’appui), que l’on en finira avec elles. Mais pour cela, encore faudrait-il que s’impose une morale internationale, que l’esprit du droit imprègne véritablement les relations internationales et que les contraintes multiples n’amènent plus les forts de ce monde à distribuer sélectivement le droit et la démocratie aux pauvres. On le voit, ce n’est hélas pas demain la veille, même si pour autant, il ne faut jamais déserter de la lutte pour la justice internationale !
VT, San Finna N°390 du 20 au 26 Novembre 2006
jeudi 16 novembre 2006

Les drames du leadership africain : la psychologie du dictateur
africain - Mwinda Presse
L’observation des comportements du dictateur africain nous amène
à faire un exercice psychologique c’est-à-dire essayer de
se mettre dans sa tête afin de déceler ce qui l’empêche
à agir normalement comme on attendrait de lui.
Les dictateurs africains viennent généralement des couches pauvres
de la population, peu éduqués et le plus souvent militaires de
bas rang. À la différence des grands hommes qui militent pour
un idéal et qui voient leur accession au pouvoir comme l’aboutissement
des années de lutte et qui désormais ont la chance de réaliser
leurs desseins et ambitions pour leurs peuples, les dictateurs africains accèdent
au pouvoir grâce aux forces étrangères colonialistes.
C’est ici qu’il faut dénoncer l’intelligence cynique
de ces forces qui généralement portent leurs choix sur des hommes
faibles de caractère, cupides, facilement manipulables manquant d’idéal
et d’affection pour leurs peuples et qui le plus souvent appartiennent
à des ethnies minoritaires. L’objectif poursuivi par les forces
colonialistes est à tout prix d’avoir à la tête des
anciennes colonies des hommes pouvant préserver leurs intérêts,
qu’importent les conséquences pour les populations autochtones.
Comme un cadeau donné à un enfant qui le tient jalousement pour
que les autres enfants ne le lui arrachent, le dictateur africain n’est
plus prêt à lâcher le pouvoir. Vu son rang et son niveau,
il n’a jamais auparavant songé d’accéder à
la présidence de son pays. Ceci est un facteur psychologique important.
Il est donc très reconnaissant à ceux qui lui ont rendu possible
l'accès au pouvoir. Le complexe d’infériorité aidant,
il prend le colon pour un dieu et pour lequel il se met très volontiers
au service au point même d’exterminer son peuple s’il le faut.
Il semble percevoir le pouvoir comme une bénédiction divine tout
d’abord sur sa personne, sa famille voire sur son ethnie. Il se convainc
donc y être pour servir à part ses maîtres étrangers,
principalement les hommes et femmes de son ethnie. Lui qui ne valait rien devient
tout d’un coup le premier homme important du pays. Lui qui n’avait
aucune considération particulière même dans son pays se
fait dérouler le tapis rouge dans les grandes capitales des pays des
Blancs qui l’appellent Monsieur le Président. Quel honneur de s’entourer
d'hommes blancs comme conseillers qui semblent lui accorder de l’importance
! pense-t-il.
Il ne se croit donc plus être au même rang que ses concitoyens qui
dorénavant doivent être contraints de gré ou de force à
l’adorer comme un Dieu. Parfois sa docilité même surprend
ses maîtres étrangers qui par leur observation sont encore plus
convaincus de l’infériorité des hommes dits de race noire.
Lui qui n’avait jamais eu dans ses mains une centaine de milliers de FCFA
peut maintenant avoir à son actif des milliards pour lesquels les comptes
bancaires sont ouverts partout en Europe, principalement en Suisse mais aussi
en Asie et en Amérique.
Désormais c’est tout l’argent même du pays qui parfois
est sur son compte privé. Les recettes du pays au lieu d'être versées
dans les caisses de l’État vont d’abord se faire compter
dans sa maison de résidence. On utilise le pronom personnel : mon, ma
ou mes au lieu de notre ou nos quand il s’agit des ressources nationales,
tel mon pétrole comme un président d’Afrique centrale aime,
toute honte bue, à parler. Complètement dépassé
par la fonction qu’il n’est pas en mesure d’exercer, il démissionne
à s’y investir. Plutôt, ce sont les vices de toute sorte
qui prennent le dessus sur sa conscience, comme la cour à des femmes
d’autrui, l’administration des gifles à des ministres, les
ordres détestables de tout genre dont on peut ici épargner le
récit pour ne pas choquer les lecteurs nouveaux au thème. En plus,
il vit dans l’obsession de perdre son pouvoir qu’il sait bien démériter.
Encouragé par les faux conseils que lui donnent les hommes du sérail
et appuyé par ses hommes dans l’armée, il cherche à
éliminer tous ceux-là qu’il croit lui constituer un danger
potentiel.
D’aucuns affirment que la préoccupation principale et journalière
de certains Présidents est de répertorier les citoyens qu’il
doit abattre soupçonnés du fait de leur intelligence ou volonté
de contestation de faire un coup d’Etat. C’est ainsi qu’une
pluie d’assassinats tombe souvent sur le pays. Les têtes pensantes
y compris les professeurs, les éminents intellectuels, les avocats, les
journalistes mais aussi les grands entrepreneurs et même les officiers
de l’armée sont surveillés de près et assassinés
au gré des soupçons souvent non fondés. Ceux parmi eux
qui craignent pour leur vie se trouvent obligés de s’exiler à
la grande satisfaction des dictateurs, laissant le champ libre à des
hommes incompétents, corrompus et désireux de s’enrichir
rapidement et qui ont mis à sac nos pays.
Souffrant d’un complexe d’infériorité intellectuelle,
il se fait délivrer par les universités des diplômes souvent
achetés ou comme objets de flatterie oubliant que détenir des
diplômes sans la qualification requise ne peut jamais combler la fierté
qu’on a quand on les mérite vraiment. Sachant régner sur
un peuple qui ne les a pas choisis, les dictateurs africains s’appuient
sur des services secrets corrompus, mal formés mal éduqués,
arrogants et impolis comprenant parfois même des alcooliques en leur sein,
qui au lieu d’offrir leurs services pour la protection du pays retournent
justement ceux-ci contre les citoyens paisibles. C’est ici qu’il
y a lieu de dénoncer le rôle cynique des soi-disant fils de président
de la République dont seulement l’évocation de leur nom
crée la panique au sein de la population. Généralement
militaires de formation, ces fils du président souvent à la tête
des milices armées indisciplinées, mal habillées, sales
et manipulées pour des considérations ethniques. Avec une étonnante
capacité de nuisance et de destruction de vies humaines, ceux-ci se convainquent
d’être dans l’avenir les successeurs de leurs pères
et considèrent toute opposition à ceux-ci comme une attaque personnelle
contre eux.
Il faudrait aussi signaler qu’il n’est pas rare que le dictateur
africain, par pure ignorance et manque de clarté d’esprit, et surtout
du fait qu'il recherche de tout ce que peut l'aider à se maintenir au
pouvoir aussi longtemps que possible, entre dans les loges de la Franc-maçonnerie
occidentale avec des buts et pratiques complètement étrangers
à notre culture. Par cette adhésion le dictateur africain confirme
sa disposition à être un disciple de la loge au lieu d’être
l’avocat des intérêts de son peuple. Tous ces comportements
ne rentrent malheureusement que dans la logique des forces colonialistes et
impérialistes soucieuses de préserver leurs intérêts.
Il s’agit notamment d’assurer l’approvisionnement en matières
premières dont le continent africain regorge en abondance mais aussi
préserver les anciennes colonies comme marchés pour la surproduction
des biens et produits de la métropole. Pour que ces objectifs vitaux
soient réalisés, il faut à tout prix à la tête
des anciennes colonies des hommes complexés, peu clairvoyants, dociles
et manipulables. Sans qu’ils ne s’en rendent comptent, leur fonction
est d’empêcher l’industrialisation de leurs pays pour pérenniser
la domination coloniale. En les choisissant des ethnies minoritaires, les forces
colonialistes entendent créer et exacerber les antagonismes nationaux
dans le but cynique de déstabiliser les pays.
C’est pourquoi elles voient de mauvais oeil les revendications des populations
africaines pour l’instauration de la démocratie, la vraie démocratie.
Convaincus que les Africains sont des sous-hommes, donc des esclaves qui n’ont
pas le droit de décider de leur propre sort, les dirigeants des pays
occidentaux notamment les Français parlent cyniquement de la démocratie
comme d'un luxe pour les Africains. Et pour joindre l’acte à la
parole, les dirigeants français, poussés par leurs milieux d’affaires,
continuent de soutenir les dictateurs sanguinaires tel un Bongo au Gabon qui
sans honte demeure au pouvoir depuis plus de 38 ans. Ce qui apparaît à
un non Africain anormal, absurde voire stupide est fêté en Afrique
comme une sagesse ou une doyenneté. Pire, avec l’élection
frauduleuse de Faure à la présidence du Togo, ils venaient d’inaugurer
le règne des fils des présidents qui, selon leur logique, doivent
prolonger la dictature dans les États francophones d’Afrique sous
des formes dissimulées d’une démocratie de façade,
malgré les contestations de plus en plus fortes des populations africaines
soutenues par la diaspora.
Ainsi les Constitutions sont réécrites par des membres du parlement
issus des élections législatives généralement frauduleuses
et aménagées à ce qu’elles permettent à des
potentats de se porter candidats et donc de se faire réélire par
l’intimidation, le crime et la force des armes. Il sied de rappeler que
les Occidentaux réclament la démocratie dans les anciennes républiques
de l’Union soviétique. Par exemple, il y a quelques mois, les ambassadeurs
plénipotentiaires des pays occidentaux notamment la France, le Royaume-Uni
et l’Allemagne ont pris part à des démonstrations en Biélorussie
pour y protester contre les fraudes électorales. Au Togo, au Tchad, au
Congo Brazza, au Gabon, au Cameroun etc.; ils maintiennent un silence de cimetière
face aux fraudes électorales et aux crimes de ces dictateurs souvent
détestés par leurs peuples. Au Zimbabwe où leurs frères
de race se sont vus déposséder des hectares de terres par la politique
de redistribution des terres, les Occidentaux ont tous dénoncé
la dictature de Robert Mugabe en condamnant les élections présidentielles
zimbabwéennes comme non transparentes. Ils ont même imposé
des sanctions contre le régime de Harare. Ailleurs où les dictateurs
sont à leur service, ils font comme si rien de grave ne s’est passé
même si ces dictateurs ont commis des massacres contre leurs citoyens.
Pour l’observateur perspicace, il est clair que les forces colonialistes
et impérialistes, notamment françaises, ne sauraient voir de gaîté
de coeur l’enracinement de la démocratie en Afrique. C’est
ici qu’il faut signaler que seule la lutte sera payante pour mettre fin
à ce système inhumain qui prive les Africains de leur liberté
depuis des siècles. Aucun peuple ne saurait accepter les souffrances
que notre race endure depuis des siècles. Au Tchad, les forces colonialistes
françaises soutiennent militairement le président Deby face à
une rébellion armée et contre la volonté populaire.
En Côte d’Ivoire, elles dépensent volontiers des millions
d’euros pour leurs contingents militaires et ne manquent d’espoir
pour l’accession au pouvoir en Côte d’Ivoire des hommes qui
seront à leur service. Ces préfets nègres sont loin d’appréhender
la psychologie de leurs maîtres étrangers. Ils n’arrivent
non plus encore à saisir les grands enjeux de ce monde et confondent
la direction de leurs pays tout juste avec une position de jouissance de délices.
Se faire appeler Chef d’État, ressembler à d’autres
chefs d’État (tel un Faure du Togo dont l’idole est selon
ses propres affirmations, le jeune roi du Maroc), se faire dérouler le
tapis rouge en visitant d’autres pays étrangers, recevoir des honneurs,
se faire aduler par les " madu madu " de toute sorte, donner des ordres,
s’enrichir, avoir la facilité d'approcher de jolies femmes, jouer
l’homme important, bref jouir des délices du pouvoir et tout ceci
pour une durée indéterminée. Parce que cela ne semble possible
avec la vraie démocratie et le choix du peuple, il faut utiliser la force
des armes et les fraudes électorales pour se maintenir au pouvoir. Et
les garanties abondent de l’extérieur. Voilà ce sont ces
amuse-galeries qu’on appelle malheureusement chez nous en Afrique particulièrement
celle dite francophone des chefs d’Etat.
Le 11 Novembre 2006-11-12 Kofi Asike, Vienne-Autriche
Ndlr - Kofi Asike est un citoyen togolais.
Projet renégocié en mars 2000 après l’arrivée de Deby au pouvoir.
Exxon 40 %
Chevron 25 %
Pétronas (en remplacement de Elf) 35 %
Tchad 0 %
Coût total du projet 2000 – 2003 : 3,7 milliards de dollars (1,5
milliards pour la mise en exploitation des gisements pétroliers et 2,2
milliards pour la construction de l’oléoduc Doba – Kribi
(Cameroun)
Recettes totales pour le consortium : d’octobre 2003 à fin décembre 2005 (2 ans) : 4,26 milliards de dollars US.
Recettes du Tchad d’octobre 2003 à fin décembre 2005 : le Tchad perçoit 12,5 % des revenus totaux sous forme de royalties, soit 399 millions de dollars US.
Depuis janvier 2006 : récupération du fonds pour les générations futures, soit 36,2 millions de dollars par le gouvernement tchadien.
Il n’y a pas de mots pour qualifier la plus grande spoliation des temps modernes, les chiffres parlent d’eux mêmes.
Un investissement récupéré en 2 ans et avec déjà des bénéfices ! Imaginer, simplement que même si vous construisez une maison et que vous la mettez en location, il vous faut 9 à 10 ans pour récupérer votre investissement.
Le régime de Deby, ses cadres, ses ministres du pétrole
et ses conseillers ont accompli un véritable acte de trahison nationale.
Toute l’opposition tchadienne a voté le projet pétrole sauf
un seul homme, et il s’appelle Yorongar N’garleji ; on peut ne pas
partager certaines de ses idées mais c’est lui qui a eu le courage
de défendre haut et fort les intérêts de notre pays.
Etat des lieux du pétrole tchadien.
Le Tchad ne peut pas suivre la commercialisation de son brut. Notre pays ne
perçoit que des royalties.
Prix payé par le consortium au départ : 28 dollars
Prix payé actuellement : 36 dollars
Prix du baril en 2006
: 79 dollars
Le compteur qui affiche le nombre de barils pompés : le Tchad n’en a aucune idée, c'est-à-dire que personne ne sait comment il fonctionne (plusieurs fois, le consortium avait annoncé qu’il était en panne, sans blague ! C’est ainsi qu’on ne peut même pas savoir combien de barils sont pompés quotidiennement et on comprend par là, le manque à gagner pour notre pays.
La plupart des cadres Tchadiens, coordonnateurs, ministres du pétrole
et autres conseillers ont également cautionné le bradage des intérêts
du Tchad sur plusieurs points. Quelques exemples :
L’attribution des contrats aux nationaux.
La formation des cadres et Techniciens Tchadiens dans les secteurs concernés
par le pétrole.
L’accès aux emplois crées par les retombées du pétrole
(10.000 CV de cadres Camerounais sont positionnés dans les banques de
données du consortium).
Dire que des Marocains et Portugais sont engagés comme chauffeurs de
gros porteurs sur la plateforme de Komé ! Quant aux Tchadiens, ils dorment
sous les nimiers et attendent…
Que les paysans tchadiens vivent dans la misère aujourd’hui alors
qu’avec un minimum d’encadrement, ils auraient pu fournir tous les
légumes, fruits, œufs, poulets qui sont aujourd’hui massivement
importés du Cameroun ; précisons sur ce point que les Camerounais
ont mis en place les plantations nécessaires pour justement rafler tous
ces marchés.
Par rapport aux retombées du projet pétrolier au Cameroun, les
Cadres Tchadiens se sont étalés devant les Camerounais et nos
intérêts ont été liquidés sans scrupules.
Toutes les entreprises qui soumissionnaient pour les marchés au Tchad
dans le cadre du projet pétrolier devaient, selon l’ancien projet
sous Hissein Habré, s’installer au Tchad où elles devaient
créer une filiale en partenariat avec les opérateurs économiques
tchadiens, et on peut d’ici constater toutes les retombées économiques
pour notre pays en termes d’emplois, d’impôts, d’expertise
nationale à acquérir par nos opérateurs. Mais cessons de
rêver et revenons sur terre ou en enfer c’est selon. Aujourd’hui,
85 % des entreprises qui ont gagné des marchés se sont installées
au Cameroun, d’où les incessants va-et-vient des cadres tchadiens
chargés des questions pétrolières vers le Cameroun !
C’est dire que le gouvernement camerounais s’est mobilisé
de la capitale jusqu’au fin fond des campagnes camerounaises pour récupérer
au maximum cette chance extraordinaire pour son développement et ce n’est
pas pour rien que le projet pétrolier tchadien est inscrit comme l’une
des plus grandes priorités du gouvernement camerounais. D’ailleurs
ce projet n’a-t-il pas été très astucieusement rebaptisé
projet pétrolier Tchad-Cameroun.
Un exemple : un appel d’offres concernant la fourniture de tubes spéciaux a été remporté par les camerounais qui ont été tout simplement chercher une société philippine car eux ne pouvaient pas avoir l’expertise requise et le tour fut joué. Faut-il comprendre que nous Tchadiens, on ne pouvait même pas faire cela !
Alors, Idriss Deby, seul responsable ? En aucun cas, tous les
Tchadiens connaissent l’homme, seule la « baila » l’intéresse
et il ne s’est jamais penché sur un seul dossier.
Les commissions, les négociations ont été menées
par les cadres Tchadiens, chacun et tous cherchaient à se faire du fric
avant tout, c’est la triste réalité.
ZoomTchad a fait un « zoom sur le régime Deby ». Ce régime qui a produit la classe politique la plus riche que notre pays ait connu depuis 1960, avec d’importants investissements à Dubaï, en Arabie saoudite, en France, aux USA, est-ce un hasard ?
Vous aurez la nausée quand vous saurez que la mission
économique du consortium qui est une espèce de banque de données
qui liste tous les gros contrats, les conditions pour les entreprises d’y
soumissionner, en fait une véritable mine d’or. Savez-vous où
se trouve celle-ci ?
à l’ambassade de France ………au Cameroun !
Notre supplice n’a pas de fin dans ce dossier pétrole
quand vous saurez que le groupe électrogène qui alimente la plateforme
de komé, a la capacité de fournir en électricité
15 fois la ville de Ndjaména en supposant que toutes les maisons existantes
soient branchées et qu’il suffit d’un simple câblage
pour mettre fin au calvaire vécu par les populations de notre pays depuis
tant d’années.
On comprend pourquoi on nous distrait avec les questions des droits de l’homme,
que personne ne parle de nos droits économiques. D’ailleurs, avez-vous
jamais entendu la Ltdh sur le dossier pétrole ?
ZoomTchad vous proposera bientôt un « zoom sur le pétrole tchadien », absolument édifiant !
La rédaction de ZoomTchad
Le 10/09/06
(07/09/06)Le Coordinateur Exécutif Fédéral
A Son Excellence Monsieur Koffi Annan,
Secrétaire Général des Nations-Unies,
S/C de Son Excellence Monsieur le Représentant Résident du PNUD
au Tchad à N’Djaména
Objet:La paix au Tchad ne viendra que par des élections transparentes comme de 1956 à 1959 au Tchad.
Excellence Monsieur,
Comme suite à vos propositions sous forme de rapport synthèse et à votre lettre d’invitation en date 17 juillet 2006 par lesquels vous nous conviez à la réunion avec la délégation conduite par SEM Tuluamini Kalomoh, Secrétaire Général Adjoint des Nations Unies Chargé des Affaires politique,ce dont nous remercions de tout cœur.
Aussi,les thèmes à discuter avec cette délégation notamment «échanger avec les autorités tchadiennes et les parties prenantes à savoir la société civile, les partis politiques,les donateurs et l’équipe des Nations-Unies dans un but de les encourager à engager un dialogue politique constructif et inclusif et à étudier la possibilité pour les Nations-Unies de jouer un rôle à cet égard…» appellent de notre part des observations (pages 1-8) et propositions(pages 8-10)de la présente.
Ce n’est pas faute d’avoir essayé les accords de paix, les conférences de paix, les tables rondes de paix,les forums de paix etc. que le conflit du Tchad perdure de 1963 à nos jours. Le Tchad a connu toutes les formes d’accords de paix sous tous les régimes allant de feu Tombalbaye à Déby sans réaliser la paix appelée de tous les vœux par les Tchadiens.
Pourquoi?
C’est parce que nos gouvernants qui se sont succédé et la France qui s’implique à toutes les négociations de paix au Tchad n’ont pas la ferme volonté de parvenir à la paix définitive. D’où l’éternel recommencement depuis le 16 septembre 1963, date à laquelle le premier coup de feu est tiré à Fort-Lamy devenu N’Djaména.
C’est pourquoi,si nous voulons réellement la paix définitive au Tchad après quarante trois(43)ans d’interminables guerres fratricides,il y a lieu d’écouter les autres et non s’écouter soi-même ou ne prendre en compte que ses égoïstes intérêts. Il faut prendre en compte certaines observations qui ne sont pas forcément dénuées de tout fondement comme on aurait pu le croire. Il faut écouter l’homme ou la femme de la rue, voir ce qui se passe actuellement sous les yeux à l’est, à l’ouest, au centre et au sud et non fermer les yeux dessus. Des solutions tendant notoirement à maintenir M. Idriss Déby au pouvoir comme ses prédécesseurs d’ailleurs ne constituent-elles pas la non-assistance à peuple en danger?Oui, les génocides,crimes contre l’humanité, crimes de guerre contre les populations civiles innocentes qu’a connus le Tchad jusqu’à date procèdent de ces petites solutions. Il faut cesser d’amuser la galerie dans le bain de sang.
Pour faire l’économie du temps, nous prenons l’exemple des deux régimes tchadiens notamment le régime du général Félix Malloum et celui de M. Idriss Déby et le cas de l’accord ivoirien de Marcoussis en France pour illustrer nos propos:
1)- Le régime du général Félix Malloum Ngakoutou Bey-Ndi :
Accusé à tort de tentative de coup d’Etat, le général Malloum est arrêté et jeté en prison à la cité de l’Ocam à Moursal où réside Tombalbaye. Une fois libéré à la suite d’un coup d’Etat militaire du 13 avril 1975, sa première déclaration est de sommer la rébellion armée animée par le Frolinat de déposer les armes faute de quoi, il est prêt à faire la guerre. Passant de l’acte à la parole, il déclenche la guerre du BET qui lui est fatale. Mieux, il multiplie les maladresses en exécutant sans forme de procès des jeunes lieutenants qui naïvement tentent de l’assassiner à l’occasion du premier anniversaire de sa prise de pouvoir le 13 avril 1976. Il finit par négocier tous azimuts ; tantôt avec Goukouni Weddeye tantôt avec Hissein Habré. Comme il fallait s’y attendre, ces mauvais accords entraînent des conséquences dramat